La Chair des mots

DIRE

Poésie

J’ai nez
J’ai doigt doigt doigt doigt doigt à à chaque main main

Robert Desnos, Corps et Biens, Le Bonbon

Étymologie

Dire < lat. dicere = dire, exprimer, plaider < rac. i.-e. *dey-k- qui signifie montrer (avec souvent une connotation solennelle, juridique).
De son côté, doigt < lat. digitus < même rac. i.-e.
Par ailleurs, syndic < lat. syndicus = l’avocat et représentant d’une ville < grec sundikos= qui assiste en justice < dikê = la règle, le droit, la justice U deiknunai = montrer, équivalent grec de dicere en lat.

Domaines

La faune et la flore : benoîte, digitale, digitigrade
Le corps : bénédictine, digital (< ang.), digitiforme, digitigrade, doigt, index
Le travail manuel : bit (ang.), conditionné, conditionnement, conditionner, conditionneur, dé, dictaphone (hyb.), digit (ang.), digital (< ang.), digitaliser, digité, doigtier, prestidigitateur, prestidigitation, rince-doigts
Les arts : dit, doigté, doigter
Les sentiments : addict (ang.), addiction (< ang.), benoît, benoîtement, dédicace, dédicacer, dédicataire, dédicatoire, dédié, dédier, dédire, dédit, doigté, éconduire, judicieusement, judicieux, malédiction, maudire, maudit, médire, médisance, médisant, méjuger, prêchi-prêcha, préjudice, préjudiciable, qu’en dira-t-on, revanchard, revanche, revancher, vindicatif, vindicte
La communication : bien-dire, conditionnel, dicter, diction, dictionnaire, dictionnairique, diseur, dit, index, indexage, indexation, indexer, indexeur, indicateur, indicatif, indication, indice, indiciaire, indicible, indiciblement, indiciel, indiquer, non-dit, on-dit, ouï-dire, prédicable, prédicat, prédicatif, prédiction, prédiquer, prédire, redire, redite, soi-disant, susdit
La spatialité : lieu-dit, lieudit
La spiritualité : bénédicité (lat.), bénédictin, bénédiction, bénir, bénisseur, bénit, bénitier, fatidique, malédiction, maudire, maudit, prêche, prêcher, prêcheur, prédicant, prédicateur, prédication, san-benito (esp.)
Le travail intellectuel : autodictée, benêt, c’est-à-dire, condition, conditionnel, conditionnellement, contradicteur, contradiction, contradictoire, contredire, déjuger (se), dictée, dicton, inconditionnalité, inconditionné, inconditionnel, inconditionnellement, indexage, indexation, indexer, indexeur, jugé, jugeote, juger, prédicable, prédicat, prédicatif, prédiquer, préjugé, préjuger, sans contredit, véridicité, véridique, véridiquement
La physique : digitaline, digitoxine
La politique : abdicataire, abdication, abdiquer, condition, dictat (all.), dictateur, dictatorial, dictatorialement, dictature, diktat (all.), édicter, édit, indic, indicateur, revanchisme, syndic (hyb.), syndical (hyb.), syndicalisation (hyb.), syndicaliser (hyb.), syndicalisme (hyb.), syndicaliste (hyb.), syndicat (hyb.), syndicataire (hyb.), syndication (hyb.), syndiqué (hyb.), syndiquer (hyb.)
L’économie : adjudicataire, adjudicateur, adjudicatif, adjudication, adjuger, désindexation, désindexer, indice, indiciaire, indiciel, moins-disant, syndication (hyb.)
La justice : édicter, édit, interdiction, interdire, interdit, judiciaire, judiciairement, juge, jugé, jugeable, jugement, juger, juridiction, juridictionnel, juridique, juridiquement, juridisme, préjudice, préjudiciable, préjudiciel, rejuger, revendicateur, revendicatif, revendication, revendiquer, vendetta (cor.), vengeance, venger, vengeresse, vengeur, verdict (ang.)
La médecine : addict (ang.), addiction (< ang.), conditionné, conditionnement, conditionner, contre-indication, contre-indiqué, contre-indiquer, déconditionnement, déconditionner, digitopuncture, prédictif
Les loisirs : ducasse
Divers : Benedetto, Bénédicte, Benoît

Commentaire

La première nuance, celle de montrer, se retrouve dans des termes comme l’index, indexer, indiquer, l’indice, la digitale, dont les fleurs sont en forme de doigt, le digitigrade, le doigtier, le doigt, la prestidigitation. Le prestidigitateur a les doigts prestes, c’est-à-dire agiles. Il faut ajouter, pour cette nuance, le bit (binary digit), le digit, à savoir le nombre en ang. et donc l’adj. digital qui renvoie à l’idée de compter de 0 à 9, donc avec les doigts. Il faut aussi ajouter le , quand le terme désigne le à coudre.
L’idée de montrer passe ensuite des doigts à la parole, d’où le vb usuel dire. On peut proposer par ex. dicter, la diction, la dictée, le diseur, soi-disant, le susdit, le dictateur, et de nombreux termes commençant par un préfixe. Parmi ceux-ci, on peut citer la sous-fam. de bénir, à partir de benedicere en lat., à savoir bien dire, dire du bien. Les adj. benoît et benêt, et le subst. benoîte (qui désigne une plante) sont directement issus de la même formation. Le san-benito, quant à lui, est une sorte de casaque jaune, avec une mitre, dont étaient revêtus ceux que l’Inquisition avait condamnés au bûcher (cf. l’entrée "saint" pour plus de détails).
Est véridique ce qui dit la vérité. C’est le sens littéral du mot verdict, étymologiquement, ce qui est dit avec vérité, ce qui est déclaré solennellement, en particulier comme sentence au terme d’un procès. Abdiquer, c’est dire (-diquer) qu’on s’éloigne (ab-) du pouvoir. Sur un mot lat. addictus, esclave, assujetti, addict signifie littéralement être déclaré (-dict) attaché à (ad-) quelque chose. Celui qui parle contre quelqu’un est un contradicteur. Le terme condition désigne dès son origine latine un engagement, une clause, une situation, une manière d’être. Un homme ou une femme de condition, sous l’Ancien Régime, était un ou une domestique, sort dérivé de l’époque latine où il s’agissait d’un ou d’une esclave. Le terme a évolué vers l’idée de formule d’entente, d’où une expression comme "à condition que". Mettre une loi entre quelqu’un et une action qu’il veut entreprendre, c’est lui signifier une opposition, lui interdire de réaliser son projet.
Dans le Nord de la France, la ducasse est une fête qui commémorait chaque année à l’origine la dédicace (c’est le même mot) de l’église. La dédicace est donc un terme religieux dès l’époque latine : consécration, inauguration d’un temple, puis d’une église, puis fête de la dédicace d’une église, puis fête patronale, puis sens moderne, pour un livre par ex. Il s’agit de dédier l’ouvrage à quelqu’un. Médire ou maudire, c’est évidemment, à des degrés divers, dire du mal. Dire avant, annoncer avant ce qui va arriver, c’est prédire. Prêcher, dans un contexte religieux depuis l’époque latine (praedicare), c’est littéralement parler (-dicare évoluant en -cher) devant (prae- évoluant en prê-). C’est donc un synonyme de professer. Prêcher consiste à proclamer solennellement, à enseigner une doctrine, en particulier annoncer l’évangile. Un édit est une parole (en fait un texte) qui sort (é- pour ex-) de la bouche ou de la plume d’un souverain. Contrairement aux apparences, éconduire n’appartient pas à la famille de conduire, sauf par un rattachement populaire fautif qui a influé sur l’orthographe. Éconduire, c’est repousser avec plus ou moins de ménagement. Le premier sens dérivé du lat. a été s’excuser, réfuter une accusation. L’idée est de sortir d’une convention, d’un accord.
Par ailleurs, le rad. de venin semble bien être présent (Littré) dans la sous-fam. de vengeance, vindicatio en lat., à partir de vindicere, venger. La vengeance est l’expression (-dicere) d’un désir (vin-), alors que le jugement, étymologiquement, est l’expression de la justice. Dans cette sous-fam. se rencontrent aussi des termes comme venger, la vendetta, la vindicte, la revanche, revendiquer, etc.
Une autre sous-fam. importante concerne le syndicat. Le mot syndic désigne historiquement, en Grèce, une personne qui parle, témoigne (-dic) en même qu’une autre (syn- correspondant au cum- lat.) qui est accusée en justice. C’est un défenseur. De cette idée de défense provient le sens de personne chargée des intérêts d’une communauté, mandataire. Le syndicat est la structure dans laquelle s’exerce cette fonction de défense des intérêts d’une profession, d’une corporation, d’une communauté.
Reste une sous-fam. très importante, qui réunit la rac. de dire et celle qui exprime le juste. C’est ainsi que le juge (en lat. judex) est celui qui montre (-dex dérivé de dicere) où est le droit, où est la justice (-ju-), qui dit le droit. Le mot justice renvoie aux valeurs morales qui plongent leurs racines dans la religion qui est, historiquement, le premier lieu où se manifeste la justice. Ce mot justice renvoie souvent aussi à l’institution, et c’est dans cette acception qu’il est souvent associé à la rac. de dire. On le voit dans des termes comme comme judiciaire, le juge, jugeable, le jugement, la juridiction, l’expression de jure, juridictionnel, juridique, méjuger, le préjugé, le préjudice, se déjuger. Dans tous ces termes, il est question de la justice en tant qu’elle se réfère à des textes de loi, des codes (civil, pénal, etc.), adoptés par le pouvoir exécutif et législatif, pour dire si le comportement de quelqu’un a été conforme ou non à ce qui est légal (cf. l’entrée justice). L’adj. judicieux est sorti du voc. juridique pour désigner quelqu’un qui a un bon jugement.

Complément

Le qui sert à jouer appartient à la famille de donner.
Pour la sous-famille de vengeance, voir aussi l'entrée venin.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque