La Chair des mots

DONNER

Poésie

Voyez-vous tous ces humains
Danser ensemble à se donner la main
S’embrasser dans le noir à cheveux blonds
À ne pas voir demain comme ils seront ?

Alain Bashung, Comme un légo

Étymologie

Donner < lat. donare = faire don < dare = donner < rac. i.-e. *deH3- (*do-) qui signifie transmettre la possession (avec une connotation souvent juridique)

Domaines

Le travail manuel : dosable (< gre.), dosage (< gre.), doser (< gre.), dosette (< gre.), doseur (< gre.)
Les arts : rendu
Les sentiments : abandon, abandonnement, abandonner, adonner (s’), don, donateur, donneur, dot, dotal, doter, éperdu, éperdument, impardonnable, imperdable, location-vente, pardon, pardonnable, pardonner, perdable, perdant, perdition, perdre, perte, redonner, rendez-vous, rendre, rendu, tradition, traditionalisme, traditionaliste, traditionnel, traditionnellement, trahir, trahison, traître, traîtreusement, traîtrise, vendu
La communication : addenda, coéditeur, coédition, datif, éditer, éditeur, édition, édito (abr.), éditorial, éditorialiste, inédit, rééditer, réédition
La temporalité : antidater, datable, datage, datation, date, dater, dateur, horodaté, horodateur, indatable, postdate, postdater
La spiritualité : doué, douer, surdoué
Le travail intellectuel : additif, addition, additionnel, additionner, compte rendu, déperdition, donné, donnée
La physique : additif, dose (< gre.)
La politique : dotation, extrader, extradition
L’économie : après-vente, compte rendu, invendable, invendu, mévente, rendement, rentabilisable, rentabilisation, rentabiliser, rentabilité, rentable, rente, renter, rentier, revendeur, revendeuse, revendre, revente, vendable, vendeur, vendeuse, vendre, vente
La justice : dation, donataire, donateur, donation, donation-partage, dotation, doter, douaire, douairière, extrader, extradition, haute trahison
La médecine : abandonnique, donneur, dose (< gre.), dosimètre (< gre.), dosimétrie (< gre.), surdosage (hyb.), surdose (hyb.)
L’armée : reddition
Les loisirs : dé, donne, maldonne
Divers : Donatella, Donatien, Donatienne

Commentaire

La connotation juridique du don apparaît dans des termes comme abandonner (dans certains emplois), le donataire, le donateur, la donation, la dation, la dot, la dotation, le douaire (archaïque : biens assignés en usufruit par le mari à sa femme survivante), abandonner (étymologiquement, s’en remettre à l’autorité d’un supérieur). Le don peut être libre et gracieux, comme dans la donne, la donnée, le (à jouer), doué (doté par la nature), le datif (qui concerne, dans certaines langues à flexion, la personne à qui on donne quelque chose), redonner, la dose (étymologiquement, l’action de donner, puis ce qui est donné, la quantité donnée, prescrite).
La rac. de donner s’oriente dans des directions diverses en fonction de tel ou tel préfixe ou suffixe. L’addition consiste à donner en plus (ad-), à ajouter. Avec le même préfixe, s’adonner, c’est se donner, se consacrer à quelque chose. Sans préfixe, mais avec le mot littera (la lettre) sous-entendu, la date est d’abord "la lettre donnée tel jour", puis seule subsiste la notion de jour où se produit un événement.
La sous-fam. de perdre s’explique par un mot à mot "donner en passant à travers", "donner à tort et à travers", "donner inutilement", "faire une perte". Celui qui est complètement perdu est éperdu. c’est un perdant, parfois magnifique. Étymologiquement, pardonner est construit comme perdre : pardonner consiste à donner en passant à travers, à passer à travers une faute, à faire comme si elle n’existait pas.
La tradition consiste en un don (de techniques, de coutumes, de croyances… ) qui s’opère à travers (trans- qui devient tra-) les générations, d’une génération à une autre. Le traditionaliste place la tradition au-dessus de toute autre valeur, surtout le progrès qui implique des changements. L’extradition fait livrer (sens évolué de tradere en lat.) quelqu’un à l’État étranger qui le réclame, à la suite d’un délit, en le faisant sortir (ex-) du pays où il se trouve. Sur la même formation latine (tradere), on trouve le vb trahir, d’abord transmettre, livrer, remettre perfidement. Le simple donner a d’ailleurs déjà ce sens de trahir. Rendre consiste à restituer ce qu’on a pris ou emprunté, ou lu ou vu dans le cas du compte rendu. La reddition renvoie à un contexte militaire de reconnaissance de défaite. La dimension financière est évidente dans la rente, le rendement, la rentabilité. La sous-fam. de vendre correspond à une formation composée, donner à la vente, où le rad. de donner s’est dilué dans l’idée de vente (cf. l’entrée vénalité). L’adj. vendu met en évidence une corruption des mœurs. Éditer, c’est donner (-diter) à l’extérieur (ex- devenant é-), faire sortir, publier.

Complément

Viennent du grec des mots comme l’anecdote, l’anecdotier, anecdotique, l’antidote, Théodore, Dorine, et le nom des mois révolutionnaires en -dor, à savoir messidor, thermidor et fructidor.
Vient du russe : la datcha (la terre concédée par un prince, puis la maison de campagne).
Le de la couturière appartient à la famille de doigt.
Voir à l'entrée vénalité des cplts sur la sous-famille de vendre.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque