La Chair des mots

TERRE

Poésie

- Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas !

Arthur Rimbaud, Poésies, Le Châtiment de Tartufe

Étymologie

Terre < lat. terra = la terre. Il s’agit vraisemblablement de la même famille que torrere = brûler, griller, rendre sec < rac. i.-e. *tor-s- qui signifie brûler. La terre est d’abord ce qui s’oppose à ce qui est mouillé, la mer. Cf. le sanscrit tars = être sec. La voyelle [o] se trouve encore dans le latin extorris = rejeté hors de sa terre, banni, exilé.
De son côté, tête < lat. testa = le vase de terre cuite, la brique, la tuile, la cruche, le pot. Selon Littré, testa est l’évolution de *tersta, comme tostus l’est de *torstus, à partir de la rac. i.-e. *ter-s-. L’expression "terre cuite" constitue donc une sorte de pléonasme.)

Domaines

Les quatre éléments : circumterrestre, terrain, terraqué, terrestre, torrent, torrentiel, torrentiellement, torrentueux
La faune et la flore : parterre, pomme de terre, terre-neuve, testacé, têtard, ver de terre
Le corps : à tue-tête, à tue tête, tête, tête-de-Maure, tête-de-nègre, toast, tôt, tôt-fait
L’habitat : parterre, pied-à-terre, tête-de-clou
Le travail manuel : atterrage, atterrir, atterrissage, atterrissement, déterrage, déterrement, déterrer, déterreur, enterrage, enterrer, enterreur, étêtage, étêtement, étêter, repose-tête, serre-tête, terrarium, terrasse, terrassement, terrasser, terrassier, terreau, terreautage, terreauter, terre-neuvas, terre-neuvier, terre-plein (< it.), terrer, terrestre, terreux, terri, terricole, terrien, terrier, terril, terrine, terrir, terroir, tesselle, tessère, tesson, test (ang.), testable, testage, tester, testeur, teston, testonner, têt, tête-à-queue, tête-de-loup, têtier, têtière, torrée, torréfacteur, torréfaction, torréfier, torride
Les arts : Tartuffe
Les sentiments : atterrant, atterrer, cul-terreux, déterré, entêtant, entêté, entêtement, entêter, tartufe, tartuferie, tartuffe, tartufferie, tartuffier, tartufier, terre-à-terre, têtu
La communication : en-tête, tête-bleu, têtebleu, toast
La spatialité : Finistère, finistérien, Méditerranée, méditerranée, méditerranéen, souterrain, terre-neuvien, tête-bêche
La temporalité : aussitôt, bientôt, enterrement, enterrer, sitôt, tantôt
La spiritualité : extraterrestre, supraterrestre, tête-bleu, têtebleu
Le travail intellectuel : casse-tête, plutôt, test (ang.), testage, tester, testeur
La physique : tête-de-nègre
La politique : territoire, territorial, territorialement, territorialité
L’économie : extraterritorial
La justice : exterritorialité, terrage
Les loisirs : déterrage, déterreur, test match (ang.), têtier

Commentaire

La famille renvoie d’abord à la terre comme élément sec, par opposition à l’eau. Pour preuve des adverbes comme aussitôt, bientôt, plutôt, sitôt, tantôt, tôt, où tôt, après avoir signifié brûlé, grillé, a pris comme adv. le sens de chaudement, promptement, il y a très peu de temps. À ces adverbes on peut ajouter le toast, torride, torréfier, la torrée (feu en plein air où, en Suisse, on fait cuire des saucisses et des pommes de terre), et le tôt-fait. Le mot torrent, comme le mot estuaire, assimile le bouillonnement de l’eau vive à celui de l’eau en ébullition. La terre, comme élément constitutif du monde, à côté de l’eau, de l’air et du feu, apparaît dans l’atterrissement (amas de terres et de sables apportés par les eaux), enterrer, le souterrain, le déterrage (activité agricole et parfois cynégétique), le parterre, le terrage (droit du seigneur de prélever certains produits agricoles), le terrarium, le terrassement, terrasser, terre-à-terre, le pied-à-terre, atterrant, terreux, le terreau, terrer, terreauter, le terri ou terril, le terrier. Autrefois, le fossoyeur était parfois appelé enterreur.
La terre est aussi l’un des termes constitutifs de la sous-fam. de tartuffe ou tartufe (mot à mot l’excroissance, la protubérance, la truffe de terre). Tartuffier, c’est marier une jeune fille à un tartuffe ou se comporter en tartuffe, alors que tartufier est - en principe - réservé au second sens. La terre est par ailleurs le matériau de prédilection du potier, d’où la terrine, la tesselle, le tesson, appelé aussi têt, la tessère. Et c’est à partir de cette idée de terre cuite qu’a été formé le mot tête, d’abord crâne, d’où l’en-tête, entêter, le têtard, le têtier (fabricant devenu très rare de têtes d’épingles… ), la têtière (pièce de l’arnachement du cheval), étêter, testonner (peigner, coiffer), et les noms composés en tête. Sur le terme béchevet désignant un lit à deux chevets, donc à deux têtes (cf. l’entrée "capitale"), le fait de dormir à deux dans un tel lit, mais chacun à l’un des chevets, a été appelé dormir tête-bêche, en oubliant que l’idée de tête est déjà présente dans le mot béchevet. Ce terme "bêche" n’a rien à voir avec l’outil du jardinier. On peut ajouter le mot teston qui désignait une monnaie d’argent de la Renaissance à l’effigie d’un souverain, en Italie et en France.
C’est à cette nuance que l’on doit le mot test, à partir de l’anc. fr. test qui signifiait pot de terre, dans lequel les alchimistes éprouvaient l’or. C’est à ce sens du rad. qu’il faut rattacher l’adj. testacé, tester, testable, testage, testeur. Ce mot test désigne aussi l’enveloppe dure (mot à mot le vase d’argile) qui protège divers êtres vivants (comme les plaques dermiques de l’oursin, la coquille des mollusques, la carapace des crustacés). Viennent ensuite la notion de surface et plus tardivement encore celle de globe, avec atterrir, circumterrestre, extraterrestre, la Méditerranée, supraterrestre, le terrain, terraqué (composé de terre et d’eau, aqua en lat.), la terrasse (ici : replat sur le versant d’une vallée), l’atterrage, terrestre, Terre-Neuve, le terre-neuvas ou terre-neuvier (le bateau équipé pour la pêche sur les bancs de morues de Terre-Neuve, puis le marin-pêcheur qui y travaille), le terre-neuve (le chien de sauvetage), le terre-neuvien (l’habitant de Terre-Neuve), terrien, terrir. On peut enfin ajouter au mot terre une dimension politique, administrative, avec l’exterritorialité, la territorialité, le territoire.

Complément

Quand le vb tester signifie «rédiger un testament», il appartient à la famille de trois.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque