La Chair des mots

CAPITALE

Poésie

La présence de la lavande au chevet des malades

Paul Éluard, L’Amour la Poésie, Comme une image

Étymologie

Capitale < lat. capitalis = qui peut coûter la tête à quelqu’un, dangereux, mortel, qui se trouve en tête, important < caput = la tête

Domaines

La faune et la flore : cabosse, cabot, cabus, calebasse, calebassier, caparaçon (< esp.), caparaçonner, capité, capitule, capucin (< it.), capucine, chabot, chanfrein, cheptel, chevaine, chevenne, chevesne, cheveu-de-Vénus, encapuchonner
Les groupes humains : cadet
Le corps : biceps (lat.), cabèche, caboche, camail, cape, capeline, capillaire, capilotade (< esp.), capiteux, capiton, cappuccino (it.), capuche, capuchon, capuchonné, capulet, chapeau, chapeauté, chaperon, chevelu, chevelure, cheveu, couvre-chef, échevelé, écheveler, occipital, occiput, quadriceps, sincipital, sinciput, triceps (lat.)
L’habitat : capitainerie, capitole, chapelle, chapiteau, chevet
Le travail manuel : accaparement, accaparer, accapareur, achevé, achèvement, achever, cabochon, cabotage, caboter, caboteur, caddie (< ang.), caddy (ang.), caper, capilliculteur, capilliculture, capitonnage, capitonner, capon, capot, capotage, capote, capoter, carapace, chape, chapelet, chapelier, chapellerie, chavirement, chavirer, chevet, décapage, décapant, décaper, décapeuse, décapotable, décapoter, décapuchonner, échappement, encapuchonner, enchevêtrement, enchevêtrer, enchevêtrure, inachevé, inachèvement, parachèvement, parachever, rechapage, rechaper, sèche-cheveux
Les arts : a cappella (it.), capitan, capucinade, chef-d’œuvre, da capo (it.)
Les sentiments : accaparant, cabochard, cabotin, cabotinage, cabotiner, cadeau (< prov.), capitan, capucinade, chapeauter, chaperon, chaperonner, chapitrer, cheftaine (< ang.), échappatoire, échappé, échapper, escapade (< it.), précipitamment, précipitation, précipiter
La communication : chapeau, chapitre, récapitulatif, récapitulation, récapituler
La spatialité : béchevet, cap, capverdien, Cap-Vert, chef-lieu, précipice, tête-bêche
La temporalité : derechef
La spiritualité : capitulaire, capuce (< it.), capucin (< it.), chape, chape-chute, chapelain, chapelet, chapelle, chapellenie, chapitral, chapitre, chefferie, réchapper, rescapé
Le travail intellectuel : capital
La physique : capillaire, capillarité, échappement, précipité
La politique : anticapitaliste, capitalisme, capitaliste, capitole, capitolin, capitoul, capitulard, capitulation, capituler, caporalisme (< it.), chef, chéfesse, chefferie, chef-lieu, néocapitalisme (hyb.), néocapitaliste (hyb.)
L’économie : capital, capitalisable, capitalisation, capitaliser, capitation, chapellenie, décapitaliser, surcapitalisation
La justice : chefferie, cheftaine (< ang.), décapitation, décapiter
La médecine : enchifrené
L’armée : capitaine, capitainerie, capitulard, capitulation, capituler, caporal (< it.), caporal-chef (< it.), caporaliser (< it.), caporalisme (< it.), chef, chéfesse, képi (< all.), sergent-chef, sous-chef
Les loisirs : échappée

Commentaire

Le sens premier de la rac. renvoie à la tête, avec la caboche, la cabèche, l’occiput (l’arrière de la tête), le sinciput (littéralement la moitié de la tête, d’où la partie supérieure, le sommet de la tête), le chevaine, ou chevenne, ou chevesne, poisson à grosse tête, da capo (en musique, littéralement « à partir de la tête », c’est-à-dire « à partir du début »), le cabot (têtard ou chien ou poisson méditerranéen, les trois animaux ayant une grosse tête), décapiter, le chabot (autre poisson à grosse tête, illustré par Gustave Courbet à Ornans, sous la variante franc-comtoise chavot), le cabochon, le capitule (inflorescence de certaines plantes formée de petites fleurs serrées les unes contre les autres, comme c’est le cas pour la marguerite). La cabosse, fruit oblong du cacaoyer, est peut-être de même formation que la caboche. Il y aurait eu influence du mot « bosse » désignant au départ le bourgeon (cf. l’entrée bosse) pour créer, à partir de caboche, grâce à une formation populaire, le vb « cabosser » au sens de « provoquer des creux et des bosses ». La cabosse, en effet, se contracte et se couvre de bosses et de creux quand elle sèche, comme la calebasse.
Sans que l’étymologie soit parfaitement assurée, enchevêtrer signifie « passer le licou, ou licol, à un cheval », à partir d’un terme « chevêtre » qui a désigné ce licou ou une muselière. Le licol enserre la tête du cheval, c’est-à-dire son chef. L’idée d’emmêler vient d’un mauvais positionnement du licol, ou du faux mouvement du cheval qui passe une patte avant dans les courroies du licol. Le mot chanfrein a d’abord désigné la partie de l’armure qui protège la tête du cheval, puis l’avant de sa tête, du front aux naseaux. De cette définition du chanfrein, on passe à l’idée de nez, et enchifrené signifie enrhumé, ayant le nez pris. Et se précipiter, c’est s’élancer la tête en avant, la tête la première, le lieu profond où l’on peut tomber étant le précipice.
La tête est couverte de cheveux, d’où les termes capillaire, la capillarité, la chevelure, le cheveu-de-Vénus, en botanique, écheveler. Les cheveux sont parfois protégés par un chapeau, un manteau (étymologiquement) couvrant entre autres la tête. De nombreux termes illustrent cette évolution, comme la capuche, le capuchon, la cape (manteau à capuche), la capeline, le camail (d’abord coiffure de mailles, puis costume ecclésiastique), le capuce, le capulet (capuchon porté autrefois par les femmes dans les Pyrénées), le couvre-chef, le képi (étymologiquement la cape), caper un cigare en l’enveloppant d’une cape. Sur ce terme capuce, on a formé le capucin (moine, mais aussi singe appelé aussi « saï » à cause de sa barbe qui rappelle celle des capucins, mais encore lièvre ainsi nommé à cause de son poil brun de la couleur du capuce du moine), la capucine (plante dont les fleurs ont la forme d’un capuchon), la capucinade (longue tirade ennuyeuse et moralisante, comme un discours de capucin). Le mot chaperon a d’abord désigné un capuchon couvrant la tête et les épaules, puis, entre autres, une femme âgée accompagnant une jeune fille ou une jeune femme dans ses sorties, d’où le vb chaperonner. Le terme chaperon est d’ailleurs tiré du mot chape, qui a pour premier sens la cape, dans le vocabulaire liturgique, avant de renvoyer à un enduit sur un mur ou la partie extérieure d’un pneu, d’où le vb rechaper. Quand on perd une chape et qu’elle est trouvée par quelqu’un, c’est une chape-chute, ou chapechute, c’est-à-dire une bonne aubaine obtenue aux dépens d’autrui. Et sur le mot cape sont dérivés les mots capot, capote, capoter, décapoter. Le cappuccino est quant à lui un café sur lequel on a mis une couche de lait mousseux formant comme une capuche.
La capilotade a une histoire complexe. C’est au départ (source : CNRTL) une sorte de sauce épaisse à base de viande finement hachée, puis, au sens premier ou au sens figuré, toute chose ou personne hachée menu, un écrit déchiré par les critiques. Le sens de sauce renvoie à une préparation à base d’herbes, d’œufs, d’ail, etc., destinée à recouvrir d’autres mets, comme un manteau, un capuchon, comme le lait sur le cappuccinoÉchapper, par ailleurs, c’est sortir de sa chape, s’en défaire, s’enfuir en laissant la chape aux poursuivants. Une escapade est étymologiquement une fuite, consiste donc à s’échapper. Une échappatoire est une stratégie pour échapper à une difficulté. Les gaz du moteur à explosion sont évacués par le pot d’échappement. Et le rescapé est celui qui a pu échapper à un accident. Décaper un objet, c’est enlever l’espèce de cape que forment les impuretés sur cet objet.
La tête peut aussi être évoquée par analogie de forme, comme dans le biceps, le triceps, le cap, le cabotage (navigation de cap en cap), cabus (en parlant d’un chou pommé à feuilles lisses), la carapace (étymologie non assurée), la calebasse. On peut ajouter la capitale, le chevet (de l’église ou du lit), le béchevet (le lit à deux chevets, d’où le fait de dormir à deux dans un lit, chacun à l’un des chevets), tête-bêche (expression formée sur béchevet), capité (terminé en forme de tête). De son côté, le chapiteau est la tête de la colonne, puis, par synecdoque, la tente tout entière du cirque, soutenue par une ou des colonnes. Par synecdoque, le mot tête peut désigner la personne, comme dans la capitation (impôt féodal par tête), le capitaliste, le capital. La rac. peut aussi renvoyer à ce qu’il y a dans la tête, les sentiments, le caractère, avec des termes comme cabochard, cabotin (à partir du nom d’un acteur), capiteux.
La tête peut encore symboliser le commandement, comme dans le capitaine, le capitan, le cadet (d’abord le chef, en gascon, puis l’enfant qui dans une fratrie vient après l’aîné ou qui est plus jeune qu’un ou plusieurs autres enfants de la famille. On explique le passage du premier au second sens par l’enrôlement des fils puînés des familles nobles gasconnes dans les armées royales.), capituler, le caporal, le chef, la cheftaine, le chef-lieu, le capitoul (magistrat municipal à Toulouse), le capitole (édifice qui sert de centre à la vie municipale ou parlementaire dans certaines villes), la chéfesse. Le mot caddie, ou caddy, est dérivé du fr. cadet. Le terme désigne l’aide qui porte les clubs du joueur de golf, puis le chariot de supermarché. Dans ce cas, le mot correspond à une marque déposée. Le sens premier vient probablement du fait que les Britanniques engageaient de jeunes Béarnais quand ils étaient en vacances à Pau, notamment pour le golf.
De nombreux termes ont un lien indirect avec la rac. C’est le cas du cheptel. Le mot désigne le bien principal (sens juridique de chef) défini dans un contrat, et en particulier le bétail qui compose cet objet du contrat. On peut ajouter le chapelet (d’abord couronne de roses posée sur la tête de la Vierge Marie), la chapelle (le mot « a désigné à l’origine, rappelle Jacqueline Picoche, l’édifice où l’on vénérait la chape de saint Martin de Tours »), le chapelain, a capella (chant proposé par les chantres d’une chapelle, sans accompagnement d’instruments).
Le cadeau, quant à lui, a d’abord été une lettre capitale, une enjolivure, un ornement, puis des paroles superflues, puis une louange, puis l’objet offert. Accaparer, que Littré rattache au vb lat. « capere », et qui signifie « prendre », semble plutôt devoir être rattaché à la famille de capitale. Dans le vb, \[-ar-\] renvoie au mot arrhes, et \[-cap-\] désigne la tête, au sens d’élément important. Accaparer, c’est donc faire venir à soi (ac-) quelque chose en donnant des arrhes importantes, c’est tout retenir pour soi, au détriment des autres. Le vb achever, quant à lui, a la même origine lat. que accaparer. De son côté, l'expression « traire a chief », en anc. fr., signifiait « venir à bout de », d’où le sens d'achever. Chief représente le mot chef, la tête, avec le sens de « objectif », « but ». Achever, c’est donc atteindre son objectif, d’où parachever. Le capiton, lui, est constitué de bourre de soie ou de laine, à partir de fils de grosseur irrégulière, sens issu lui-même de celui de renflement dans un fil de soie, ce renflement rappelant plus ou moins la forme d’une tête. Le capon, ici, est un palan pour hisser l’ancre d’un bateau. Il a approximativement lui aussi la forme d’une tête.
Le mot chapitre a, quant à lui, d’abord signifié le « titre », c’est-à-dire la « tête », « l’en-tête d’une section d’un ouvrage », puis la « section de l’ouvrage », et spécialement une « section de la Bible ». De là vient le sens de chapitre comme assemblée des religieux réunis dans la salle capitulaire où on lit un chapitre de la Bible ou un article de la règle monastique. On y débat aussi des problèmes qui se posent dans la communauté. Les moines autorisés à s’exprimer ont voix au chapitre. Le supérieur peut chapitrer un moine qui a manqué à ses devoirs. Le mot chapitre a aussi pour sens le point capital d’un discours ou d’un livre. C’est ce sens qu’on retrouve dans l’expression chef d’accusation. Reprendre, relire, résumer les chapitres d’un ouvrage, c’est les récapituler. Et, pour finir, un bateau qui chavire se retourne, la tête en bas.

Complément

Quand le mot chanfrein renvoie à la forme donnée à une pierre, du ciment, du bois en abattant l’arête, le mot appartient à la famille de chant.
Quand le mot capon désigne un comportement lâche, il appartient à la famille de chapon.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque