La Chair des mots

NON

Poésie

Oh, non ! L’homme descend pas du singe
Il descend plutôt du mouton

Damien Saez, J’accuse

Étymologie

Non < lat. non = non < ne (particule exprimant la négation + oinos (forme ancienne de unus qui traduit la notion d’unité))

Domaines

Le corps : non-voyant, nullipare
Le travail manuel : anéantir, anéantissement, annihilation, annihiler, annulation, annuler, neutralisant, neutralisation, neutraliser, non-activité, non-exécution, non-usage
Les arts : non-figuratif, non-figuration, nonsense (ang.)
Les sentiments : abnégation, fainéant, fainéanter, fainéantise, négativisme, négligé, négligeable, négligemment, négligence, négligent, négliger, neutralité, neutre, nihilisme, nihiliste, non-agression, non-assistance, nonchalamment, nonchalance, nonchalant, nonchaloir, non-conformisme, non-conformiste, non-directif, non-violence, non-violent
La communication : dénégation, déni, déniable, dénier, indéniable, indéniablement, ne, négateur, négatif, négation, négative, négativement, négativité, nenni, ni, niable, nier, non-dit, reniement, renier
La spatialité : non-retour
La temporalité : non-stop
La spiritualité : jarnidieu, nécessitant, néfaste, non-croyant, renégat
Le travail intellectuel : ex nihilo (lat.), néanmoins, néant, néantisation, néantiser, nécessaire, nécessairement, nécessité, nec plus ultra (lat.), non-conformité, non-être, non-existence, nonobstant, nonpareil, non-sens, nul, nullard, nullement, nullité
La physique : neutralisant, neutralisation, neutraliser, neutre, neutrino, neutron, neutronique
La politique : négationnisme, négationniste, négociateur, négociation, négocier, neutralisme, neutraliste, neutralité, neutre, nihilisme, nihiliste, non-aligné, non-alignement, non-cumul, non-directivisme, non-directivité, non-engagé, non-engagement, non-ingérence, non-inscrit, non-intervention, non-interventionniste, renégat, renégociation, renégocier
L’économie : nécessiteux, négoce, négociabilité, négociable, négociant, négociateur, négociation, négocier, non-concurrence, renégociation, renégocier
La justice : non-conformité, non-discrimination, non-droit, non droit, non-jouissance, non-lieu, non-respect
La médecine : séronégatif
L’armée : non-belligérance, non-belligérant, non-combattant, non-dissémination
Les loisirs : non-fumeur

Commentaire

Étymologiquement, "non", c’est même pas un seul. Pour des raisons de clarté, cependant, la famille de "non" n’a pas été intégrée dans celle de "un". L’adverbe "non" est très souvent facile à identifier, même en composition. Restent quelques termes moins évidents, comme annihiler qui signifie transformer en du rien (nihil signifie ne… rien ou rien… ne en lat.). Annuler, c’est transformer en quantité zéro. Le neutre n’est ni masculin, ni féminin, il n’est pas sexuellement marqué. Dans un conflit, rester neutre, c’est ne pas prendre parti. Nier, c’est dire que quelque chose n’existe pas, du crime dont on est accusé à l’existence de Dieu... Dans les termes déni et dénier, le préfixe (de-) a le sens de fermement, absolument. Le déni (de justice, par ex.) est le fait (pour un juge) de refuser d’accorder ce qui est dû (la reconnaissance d’un préjudice, par ex.). Renier n’est pas nier une seconde fois, mais déclarer, contre la vérité, qu’on ne connaît pas quelqu’un, quelque chose, qu’un enfant n’est pas le sien, etc. Jarnidieu est un juron archaïque pour je "renie Dieu". La nullité, c’est le degré zéro de la quantité, ou d’une qualité, comme la valeur intellectuelle. Sur le vieux verbe chaloir (être intéressant pour), la nonchalance est l’attitude de quelqu’un qui ne manifeste aucun d’intérêt pour quoi que ce soit.
L’étymologie de néant est discutée quant à son second élément (-ant). Le premier est clair : c’est le préfixe négatif. Le néant, au sens premier, est probablement le lieu où il n’y a personne (voir l’entrée "genre"). Du sens de zéro personne, on passe à zéro chose, et néant devient synonyme de rien. Le mot nécessaire, quant à lui, est plus complexe : il est formé de ne- (préfixe négatif) et de -cessaire, qui est probablement apparenté au verbe lat. cedere (faire un pas, marcher, avancer, et le plus souvent reculer, d’où le vb fr. céder). Nécessaire qualifie une action devant laquelle on ne doit pas reculer. Le nécessiteux a des besoins impérieux. Négliger est composé de neg- (préfixe négatif) et de -liger qui est une forme du verbe lire (cf. cette entrée) qui a pour sens premier cueillir, d’où sélectionner, prendre. Négliger une faveur, c’est ne pas la cueillir, ne pas la prendre. Se négliger, c’est ne pas prendre soin de soi. Pour finir, le terme le plus surprenant de la famille est sans doute le subst. négoce. C’est mot à mot le temps où il n’y a pas (neg-) de loisir (-oce qui vient de otium en lat., à savoir le temps de repos, le loisir culturel). Ce qui implique que la norme, à Rome, est… le repos !

Complément

Le préfixe lat. in, qui apparaît sous les formes in-, il-, ir- ou im-, entre dans la composition de très nombreux termes à valeur négative.
Viennent du grec des termes commençant par le préfixe négatif a- ou an-, comme l’anesthésie, apolitique, (l’)analgésique, anallergique, (l’)analphabète, l’anarchie.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque