La Chair des mots

MAJEUR

Poésie

Il contempla longtemps les formes magnifiques
Que la nature prend dans les champs pacifiques

Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, Tristesse d’Olympio

Étymologie

Majeur < lat. major < *mag-yos- = plus grand < magnus = grand (par la qualité, la force ou l’âge), important < rac. i.-e. *meg- qui traduit la notion de grandeur

Domaines

Les quatre éléments : magnitude, mistral
Les groupes humains : miss (ang.)
Le travail manuel : magnum (lat.), maître-chien, maître coq, maître queux, majordome, mastroquet, troquet (abr.)
Les arts : maestro (it.)
Les sentiments : maestria (it.), magister (lat.), magnanime, magnanimement, magnanimité, magnificence, magnifier, magnifique, magnifiquement, maître chanteur, maîtresse, majestueusement, majestueux, petite-maîtresse, petit-maître
La communication : majuscule
La temporalité : désormais, jamais, mai, majorité (< ang.)
La spiritualité : magistère, magnificat (lat.)
Le travail intellectuel : mais, maître-penseur, majeure, majorant, majoritaire, majoritairement, majorité (< ang.), mastère (< ang.), maxima (lat.), maximal, maximalisation, maximaliser, maximaliste, maximisation, maximiser, maximum (lat.)
La politique : contremaître, magistral, magistralement, magistrat, magistrature, magnat, maire, mairesse, mairie, maître, maîtrisable, maîtrise, maîtriser, majesté, majorat
L’économie : magnat, majoration, majorer
La justice : lèse-majesté, magistrat, magistrature, majorat, maxime
L’armée : état-major, major (lat.), quartier-maître, sergent-major
Les loisirs : majorette (< ang.)
Divers : Charlemagne, Max, Maxence, Maxime, Maximilien, Maximin

Commentaire

La rac. présente trois degrés : le grand, le plus grand et le très grand. À la qualification de grand correspondent des termes comme magnanime (qui a une grande âme), le magnat, la magnificence (qui n’est pas, comme le rappelle Larousse, de la munificence), magnifique (très beau, à partir du sens de splendeur que peut présenter le mot magnificence), le magnum, la magnitude (qui sert à caractériser l’éclat d’un astre ou l’importance d’un séisme), mai (le mois de Maia, divinité italique, fille de Faunus et femme de Vulcain.
De l’idée de grand, le comparatif passe à celle de « plus grand », avec des termes comme majeur, majestueux, la majesté, l’état-major, la majoration, la majuscule, le majordome (étymologiquement, le serviteur principal de la maison), etc. En lat., dans une classification en deux groupes, le comparatif est employé là où nous employons le superlatif : la majorité, lors d’un vote, est le groupe de ceux qui sont les plus nombreux. Le mot mais, qui est utilisé aujourd’hui comme conjonction servant à opposer, a d’abord signifié « davantage », « plus ». « Je n’en puis mais » peut se traduire par « je n’en peux plus ». En a. fr. comme déjà en lat., la conjonction a évolué en marquant une transition, au sens de « et en plus » pour passer à un nouvel argument. Dès le bas lat. « magis » avait remplacé « sed » (opposition forte) et « autem » (or, quant à). L’emploi de mais au sens adversatif a pu s’instaurer dans des dialogues. À un argument de l’un, l’autre peut commencer à répliquer par un « mais » qui, de « et en plus », « bien plus », a pris le sens moderne de « mais » quand l’argument de la réplique vient détruire celui du premier interlocuteur. À mais, on rattache jamais (littéralement « déjà plus », « plus à partir de maintenant »), désormais (en a. fr. « dès or mais », « à partir de cette heure-ci, en allant vers l’avenir »).
Le mot maire signifie « plus grand », c’est-à-dire « celui qui est placé (comme magistrat) au-dessus des administrés ». De là, la mairesse, la mairie. Le mot lat. magister, employé tel quel parfois en fr., est le maître, celui qui est plus grand, d’où le plus grand, celui qui détient le pouvoir, qui enseigne, etc. De là, le contremaître, le mastère (à partir de l’anglais), le magistrat, la magistrature, la maestria, le maestro, le magistère, le maître queux, le maître-chien, le maître-penseur, la maîtresse, la maîtrise, maîtriser, le quartier-maître.
Il faut ajouter le mistral (le maître vent), la miss (reine de beauté, abréviation en anglais de misstress, à partir de l’anc. fr. maistresse), le mastroquet, abrégé (aphérèse) en troquet. Le mastroquet est un marchand de vin au détail, un café, un débit de boissons. L’étymologie la plus vraisemblable paraît être (CNRTL) le néerl. meesterke, petit patron, terme dérivé de magister. Pour d’autres (Littré), mastroquet serait une corruption de mi-stroc qui, en argot, désigne un demi-setier, mais il faudrait dans ce cas expliquer comment « setier » devient « stroc » en argot. Comme le setier, étymologiquement, correspond à une mesure valant le sixième d’une capacité de référence, le mastroquet serait le marchand de demi-setiers, et le mot serait à intégrer à l’entrée six.
Plus grand que plus grand, enfin, c’est « très grand », « le plus grand », et la nuance est illustrée par des termes comme maximaliser ou maximiser, le maximum, les maxima, etc.

Complément

Viennent du grec des composés en méga- ou mégal(o)-, comme mégalomane, le mégahertz, le mégalithe, la mégalopole, le mégaphone, et des mots comme l’oméga, la mégère.
Vient du sanscrit : le maharajah.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque