La Chair des mots

TRAIRE

Poésie

J’étais en train, hélas, de me tordre de rire
Sans honte ni plaisir et sans savoir pourquoi
Lorsqu' apparut soudain la femme dans ma vie
Dans ma vie éphémère, intime par surcroît

Giani Esposito, Les ombres sont chinoises

Étymologie

Traire < lat. trahere = tirer à soi, extraire, lancer un projectile, dessiner un trait. Il existe un lien sémantique avec tirer, mais pas de lien étymologique.
De son côté, traîner < lat. vulg. traginare < tragere < tractus (part. passé) < trahere (avec influence phonétique du couple actus -agere)
Par ailleurs, tracter < tractare < tractus (part. passé) < trahere

Domaines

La faune et la flore : traite, trayeur, trayon
Le corps : arrière-train, contracture, contracturer, tractus, traîne, training (ang.)
Le travail manuel : aérotrain, arrière-train, attractif, attraction, autotracté, avant-train, contracter, contractile, contractilité, contraction, décontracter, décontraction, entraînable, entraînement, entraîner, extracteur, extractible, extractif, extraction, extraire, extrait, locotracteur, microtracteur (hyb.), rentraire, rentraiture, rentrayer, retracer, rétractabilité, rétractable, rétractation, rétracter, rétractile, rétractilité, rétraction, retrait, retraitement, retraiter, traçage, traçant, trace, traçoir, tractable, tracter, tracteur, tractif, traction, tractoriste, train, traînage, traînailler, traînant, traînasser, traîne, traîneau, traînée, traînement, traîner, traîneur, train-train, traintrain, trait, traite, traiteur, trantran, trayeur, trayeuse
Les arts : autoportrait (hyb.), portrait, portraitiste, portraiturer, traiter
Les sentiments : attractif, attraction, attrait, attrayant, boute-en-train, contracté, contracter, décontracté, décontraction, entrain, entraînable, entraînant, entraîner, entraîneur, entraîneuse, intraitable, maltraiter, traînard, traînée, traîne-savates, traîneur, traitable
La communication : abstract, autoportrait (hyb.), détracter, détracteur, détraction, extrait, retracer, tracé, tracement, tracer, traceret, traceur, tract (ang.), tractation, traînant, traitable, trait d’union, traiter
La temporalité : préretraite, préretraité
Le travail intellectuel : abstracteur, abstractif, abstraction, abstraire, abstrait, abstraitement, attracteur, retraitant, retraite, soustracteur, soustractif, soustraction, soustraire, trait, traitement
La politique : portrait-robot (hyb.), retraite, retraité, traité
L’économie : traitement
La justice : contractant, contracter, contractualisation, contractualiser, contractuel, contractuellement, contrat, retrait, soustraction, soustraire, sous-traitance, sous-traitant, sous-traiter, train, traité
La médecine : traceur, traitant, traitement, traiter
L’armée : retraite, train
Les loisirs : distraction, distraire, distrait, distraitement, distrayant, entraînement, entraîner, entraîneur, surentraînement, surentraîner, training (ang.)

Commentaire

La première nuance regroupe des termes qui traduisent l’idée de « tirer vers soi », comme attracteur, attractif, l’attraction, l’attrait, attrayant. Tirer peut aussi renvoyer à l’idée de « faire sortir ». On rencontre alors l’extracteur, extractible, extractif, l’extraction, extraire, l’extrait. Tirer (les vaches, par ex.) est d’ailleurs parfois employé au sens de traire. Le terme traite est polysémique et concerne d’abord le fait de tirer le lait du pis d'une vache, d'une chèvre, d'une brebis, parfois d'une ânesse ou d'une bufflonne. Les autres sens correspondent à la nuance suivante. À côté de traire et de la traite, on rencontre le trayeur, la trayeuse, le trayon.
Cette deuxième nuance renvoie à l’idée de « déplacer », de « faire avancer », de « faire aller dans une direction déterminée ». Traire, rappelle Littré, a signifié « tirer, transporter certaines marchandises d’une province à une autre, ou d’un État à un autre » et le mot traite était le subst. correspondant. On explique ainsi la « traite des Noirs », du XVe au XVIIIe siècles, vers les pays du Moyen-Orient et les Amériques. L’expression la « traite des Blanches » a été formée sur le modèle de la « traite des Noirs ». Le terme traite, lié au commerce, a ensuite désigné les droits perçus aux frontières sur la circulation des marchandises transportées, puis, dans le langage financier, une lettre de change tirée sur un correspondant.
Le mot traite a aussi désigné la durée du transport de ces marchandises, d’où l’expression « d’une seule traite », c’est-à-dire « sans faire d’escale, de pause ».
De nombreux termes illustrent cette nuance, avec souvent des préfixes qui en précisent le sens. C’est le cas de distraire qui signifie littéralement « faire avancer dans une mauvaise ("dis-") direction », donc « dévoyer ». Pour de nombreux moralistes ou moralisateurs, se distraire est une faute, un péché. On peut ajouter la distraction, distrait, distraitement, distrayant.
Avec le préfixe « in- » devenu « en- », on relève entraînant, l’entraînement, entraîner, l’entraîneur, l’entraîneuse, l’entrain, le surentraînement, surentraîner.
Sans préfixe, on relève tracter, le tracteur, tractif, la traction, le tractoriste, le tractus (en anatomie), le traînage, traînailler, traînant, le traînard, traînasser, la traîne, le traîne-savates, le traîneau, le traînement, traîner, le traîneur, la traînée (terme polysémique), le trait (le sens principal désigne une ligne formée par un instrument qui laisse une trace sur une surface quelconque), le trait d’union, tracer (à partir de l’idée de traîner : faire un trait, laisser une trace, suivre à la trace), le traçage, traçant, le traçoir, la trace, le traceret, le traceur, le tracé.
Avec le préfixe « sub- » devenu « sous- », on a le soustracteur, soustractif, la soustraction, soustraire. Le vb rentraire (ou rentrayer), quant à lui, assez peu usité de nos jours, signifie « faire sur un tissu déchiré une reprise non apparente en tirant les deux bords de la déchirure l’un en face de l’autre ». De là la rentraiture. Abstraire, c’est étymologiquement « tirer de côté », « détourner », « isoler », « séparer ». Est donc abstrait ce qui est isolé de la réalité concrète. De là l’abstraction, abstraitement, l’abstracteur, l’abstract (résumé d’un article scientifique, d’un article de revue).
La sous-famille de portrait illustre cette nuance. Le mot portrait est composé de -trait qui renvoie à la famille de traire, avec le sens de « tirer », et de « pro- » devenu « por- », signifiant « en avant », d’où le sens littéral de l’ancien vb portraire, à savoir « tirer en avant », d’où « tirer une plume ou une brosse (pour dessiner ou écrire) devant soi », d’où « dessiner », d’où « faire le portrait ». De là l’autoportrait, le portrait-robot, le portraitiste, portraiturer.
La sous-famille de traiter présente une évolution sémantique de cette nuance de « tirer ». Traiter est construit sur le vb lat. « tractare », fréquentatif de « trahere ». Si « trahere » signifie « tirer » (mais, bien évidemment, n’a pas évolué phonétiquement en « tirer » mais en traire), « tractare » signifie « ne pas arrêter de tirer », d’où « traîner avec violence », « toucher », « manier », d’où « prendre soin de », « soigner », « s’occuper de », « gérer », « discuter », « se conduire envers quelqu’un de telle ou telle manière », et même « traiter un sujet, une question ». Sur traiter, on a intraitable, maltraiter, la sous-traitance, le sous-traitant, sous-traiter, traitable, traitant, le traitement, le traiteur, le traité, le retraitement, retraiter.
L’étymologie du mot tract (« the tractate » en ang.) le rattache au mot traité. De là tractable, la tractation, rétracter (désavouer ce qu’on a fait ou dit, mais employé surtout à la forme pronominale au sens de « se dédire »), la rétractation, (le) contractant, contracter (au sens de « s’engager juridiquement ou moralement », ou au sens « de contracter une maladie », par le sens de « toucher »), le contrat, la contractualisation, contractualiser, contractuel, détracter (dénigrer), le détracteur, la détraction, contractuellement.
S’il est facile, étymologiquement parlant, de rattacher la sous-famille de train au vb lat. « trahere », signifiant « tirer », traîner, la multiplicité des sens et des emplois (Littré en distingue 21) pose quelques problèmes. Même si le tout premier sens attesté renvoie à un ensemble d’objets jonchant le sol (CNRTL), les premiers emplois désignent une « file de bêtes, de chariots qui suit avec les bagages et le ravitaillement » (CNRTL), une « suite de domestiques, chevaux accompagnant une personne ». Dans ces emplois, on repère l’idée de « se déplacer » et celle d’« éléments qui suivent, qui obéissent » : c’est bien ce que le vb traîner suggère. À la nuance correspondant à un ensemble d’objets, on a des emplois techniques du mot train, par ex. en imprimerie, et on peut aussi évoquer le train d’atterrissage des avions. L’ensemble des organes qui constituent l’arrière d’une bête de somme, surtout d’un cheval, va s’appeler l’arrière-train. Pour l’avant, on parle du « train de devant ». L’avant-train est l’ensemble des mécanismes se trouvant à l’avant d’une automobile, ou la voiture hippomobile qui tractait autrefois le canon sur le champ de bataille. Le train est aussi, bien évidemment, une suite de wagons ou voitures tractés par une locomotive. L’idée de « se déplacer » est illustrée par le mot train au sens d’« allure », comme synonyme de « vitesse », par ex. dans l’expression « mener un train d’enfer ». Le déplacement est une action, d’où l’expression « être en train de » au sens d’« être présentement occupé par telle ou telle activité », qui n’implique plus systématiquement un mouvement. C’est à cette nuance qu’on peut rattacher le composé boute-en-train qui désigne une personne capable de mettre (bouter en a. fr.) de l’ambiance dans une réunion. Si le mot train ne s’emploie plus au sens de « gens de vie peu exemplaire » (Littré), le terme subsiste dans les conséquences de ce genre de vie, à savoir le bruit, les nuisances pour le voisinage. Par ailleurs, la suite, l’enchaînement ou la tournure des événements expliquent l’expression « le train des choses ». Appliqué à l’être humain, ce sens du mot train désigne les habitudes, le genre de vie, d’où le traintrain ou trantran.
Avec le préfixe « re- », on a la sous-famille de retraite. La retraite, dit Littré, c’est « l’action de se retirer », « la marche rétrograde d’un corps de troupes qui se retire devant l’ennemi », « l’action de se retirer du monde, de la cour, des affaires, des emplois, du théâtre, etc. », « l’état d’une personne retirée des affaires, éloignée du monde, vivant à la campagne », « l’éloignement momentané du monde, pour se livrer à des exercices de piété », un « lieu de refuge », un « lieu où l’on se cache ». C’est aussi un « emploi tranquille, ou pension, ou récompense qu’on accorde à quelqu’un qui se retire d’un service ; il se dit surtout en parlant des militaires et des employés d’administration ». C’est cette notion de pension qui a prévalu dans le monde moderne. De là la préretraite, le préretraité, le retraitant (pour une retraite spirituelle), le retraité. Un certain nombre de termes illustrent la nuance proche de « (se) resserrer » (l’a. fr. disait se retraire), comme contracter (diminuer le volume, rendre nerveux), contractile, la contractilité, la contraction, décontracter, la décontraction, décontracté, contracté, la contracture, contracturer, rétracter (au sens de contracter), la rétractabilité, rétractable, la rétraction, rétractif, rétractile, la rétractilité et le retrait (diminution du volume d’un matériau due à une perte d’eau).

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque