La Chair des mots

TIRER

Poésie

Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.

Arthur Rimbaud, Poésies, Les Poètes de sept ans

Étymologie

Tirer < lat. pop. tirare = tirer. "Tirer" semble être un croisement entre le germ. tëran = arracher et le lat. gyrare = faire tourner en rond, tourner, sans lien autre que sémantique avec le lat. trahere = tirer à soi, extraire, lancer un projectile, dessiner un trait (cf. traire).

Domaines

La faune et la flore : à tire-d’aile
Le corps : tiraillement, tire, tiré
Le travail manuel : attirail, attirer, détirer, étirable, étirage, étiré, étirement, étirer, retirable, retirage, retiration, retirement, retirer, retirons, soutirage, soutirer, tirage, tirailler, tirant, tire, tire-bonde, tire-botte, tire-bouchon, tire-bouchonner, tirée, tire-fesses, tire-fond, tire-lait, tirette, tireuse, tiroir
Les arts : détiré, tirade (< it.)
Les sentiments : attirance, attirant, attirer, franc-tireur, retiré, tiraillement, tirailler, tire-au-cul, tire-au-flanc
La communication : retirage, retiration, retirer, tirade (< it.), tiré, tire-ligne, tiret
La spatialité : tirée
Le travail intellectuel : tire-larigot
L’économie : tiroir-caisse
La justice : soutirer, tire
La médecine : tire-nerf
L’armée : franc-tireur, tir, tirailleur, tireur
Les loisirs : étirement, étirer, tir, tireur

Commentaire

La notion apportée par le lat. gyrare, celle de tourner, a disparu. Tirer signifie tantôt faire venir à soi (dans les composés en tire-, dans le tiroir, la tireuse, soutirer, la tire dans le vol à la tire) mais aussi lancer un projectile (le tiraillement, tirailler, le tireur, le tir… ). Toute notion d’adversité disparaît dans attirant, l’attirance, la tirette, le tirage. La notion d’allongement prédomine souvent, comme dans détirer, étirer, la tirade qui est une réplique longue au théâtre, tiré qui signifie entre autres amaigri, dans l’expression les traits tirés. Le tiret est un petit trait qui indique un changement d’interlocuteur dans un dialogue, ou remplace une parenthèse à l’intérieur d’une phrase.
Le verbe retirer est très polysémique, de "tirer à soi" à "faire sortir", ôter, obtenir, sans parler de se retirer. Le subst. tiré aussi, de celui sur lequel un chèque a été tiré au gibier chassé au fusil ou à la reproduction séparée d’un article de revue. Les retirons sont les bourres de laine qui restent dans les peignes après le peignage. Un lieu retiré est peu fréquenté. Le mot tirant est lui aussi polysémique. Son emploi le plus fréquent renvoie au tirant d’eau d’un navire, à savoir la distance verticale entre la ligne de flottaison et le dessous de la coque ou de la quille. Le terme tirée renvoie à une opération réalisée sans interruption : tout d’une tirée signifie "tout d’un trait". Ce terme tirée, comme le mot attirail, qui désigne l’ensemble des objets nécessaires pour réaliser une tâche, est parfois rattaché à une rac. germanique qui exprime l’idée d’un rang, d’un ordre. Il semble cependant plus convaincant, comme le fait Littré, de le rapprocher de la rac. de tirer.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque