La Chair des mots

FERTILE

Poésie

J’ai souffert comme un porc
J’ai souffert comme un vieux
J’ai souffert comme un mort

Roger Gilbert-Lecomte, La Bonne Vie

Étymologie

Fertile < lat. fertilis, productif < rac. i.-e. *ber- qui signifie porter. Cf. l’entrée "fortune" pour un rapprochement éventuel des deux entrées.

Domaines

Les quatre éléments : aquifère, argentifère, aurifère, carbonifère, cuprifère, pétrolifère, platinifère, plombifère, salifère, stannifère, uranifère, vinifère
La faune et la flore : baccifère, conifère (hyb.), crucifère, cupulifère, florifère, foraminifère, fructifère, gommifère, gummifère, lactifère, lanifère, laticifère, mammifère, mellifère, nectarifère, oléifère, ombellifère, pilifère, pinifère, pinnifère, prolifération, prolifère, proliférer, rotifère, squamifère, staminifère, stolonifère, unguifère
Le corps : afférent, déférent, efférent, infertile, infertilité, odoriférant, prolifération, prolifère, proliférer, séminifère, sudorifère, urinifère
Le travail manuel : amphore (< gre.), calorifère, cérifère, diamantifère, différentiel, fertilisable, fertilisant, fertilisation, fertiliser, fertilité, infertile, infertilité, transistor (ang.), transistorisation (< ang.), transistoriser (< ang.)
Les sentiments : conférer, déférence, déférent, déférer, différemment, différence, différenciateur, différenciation, différencié, différencier, différend, différent, différentiable, différentiateur, différentiation, différentiel, différer, indifféremment, indifférence, indifférenciation, indifférencié, indifférent, indifférer, offrande, offre, offrir, préférable, préférablement, préféré, préférence, préférentiel, préférentiellement, préférer, référence, souffrance, souffrant, souffre-douleur, souffrir, thuriféraire (< gre.)
La communication : audioconférence, C.F. (abr.), confer (lat.), conférence, conférencier, conférer, proférer, référence, référencer, référent, référentiel, référer, téléconférence (hyb.), vidéoconférence, visioconférence, vociférateur, vocifération, vociférer
La spatialité : transférable, transférentiel, transférer, transfert
La temporalité : délai, différé, différer, fossilifère, mortifère
La spiritualité : indifférentisme, luciférien, offerte, offertoire, thuriféraire (< gre.)
Le travail intellectuel : circonférence, différentiel, différentielle, inférence, inférer
La physique : luciférine
La politique : indifférentisme, référendaire, référendum (lat.)
L’économie : offrant, offre, offreur, suroffre
La justice : afférent, déférer, légiférer, référé, référendaire, transfèrement
La médecine : pestiféré, somnifère, transférentiel, transfert, vaccinifère
Divers : Lucifer

Commentaire

Le sens premier de porter est visible dans des termes comme Lucifer (le porteur de lumière), et d’une manière générale dans de nombreux composés en -fère, où le premier élément indique ce qui est porté, contenu, produit : de l’eau (aquifère), de l’argent (argentifère), de l’or (aurifère), du charbon (carbonifère), des fleurs en forme de croix (crucifère), des baies (baccifère), des pins (pinifère), des nageoires (pinnifère), des étamines (staminifère), de l’étain (stannifère), etc. Le pestiféré est atteint et porteur de la peste. Légiférer consiste à apporter, proposer des lois. Le rotifère est un minuscule invertébré aquatique portant deux couronnes (deux roues) de cils vibratoires autour de la bouche. Une terre capable de produire en abondance est dite fertile. La fertilité concerne la capacité des êtres animés à se reproduire.
Porter quelque chose devant (ob- devenant of-) quelqu’un, c’est offrir, d’où l’offrande, l’offre, l’offertoire… Porter une nombreuse descendance (proles en lat.), c’est proliférer, d’où la prolifération. Porter, mettre quelque chose devant, avant (pré-) autre chose, c’est préférer, d’où la préférence. Porter quelque chose plus loin, en s’écartant (dis- devenant dif-) du moment présent, c’est différer. Au niveau lat., le vb signifiait disperser, avec le sens premier du préfixe dis-, à savoir en tous sens. C’est ce sens de disperser, de séparer qui permet de comprendre comment, dès l’époque latine, le radical a aussi signifié être dissemblable, d’où la différence, différentiel, différencier et même, avec une variante orthographique, le différend.
Porter en avant (pro-) des paroles, prononcer des paroles, c’est proférer. Porter ailleurs, faire passer dans un autre lieu, en franchissant (trans-) une porte, un sas, c’est transférer. Le transfert concerne n’importe quel déplacement, tandis que le transfèrement ne s’applique qu’à l’univers carcéral. Le transistor (transfer resistor) est une résistance de transfert, un dispositif à semi-conducteur omniprésent en électronique. Par ailleurs, tirer une conséquence d’un fait, d’une constatation, d’une proposition, littéralement "porter dans", "jeter sur (in-)", c’est inférer. A partir, au niveau lat., du sens de mettre ensemble pour comparer, d’où comparer, d’où s’entretenir avec quelqu’un, on a conférer. De là la conférence, le conférencier. L’idée de comparaison se retrouve dans confer, abrégé en cf. Lorsque conférer signifie accorder un droit, un pouvoir, le préfixe (cum- devenu con-) ne signifie plus ensemble, à plusieurs, mais solennellement, en fonctionnant comme un pluriel de majesté.
À partir de l’idée de porter d’un lieu élevé dans un autre plus bas, déférer consiste à octroyer avec une relative condescendance. Cette notion de condescendance (de- signifiant du haut de) explique le sens du subst. déférence. Le vb référer, quant à lui, signifie étymologiquement porter en revenant en arrière (ré-), rapporter, mettre en rapport. Dans un texte, une référence est un lien vers une source qui fait autorité. En politique, le référendum s’en remet au peuple pour fixer une ligne politique sur un sujet important. En droit, le référé est un recours au juge qui dans des cas d’urgence prend une décision provisoire. Vociférer consiste à faire porter sa voix, donc à crier. À partir du sens d’apporter (ad- devenant af-), au niveau lat., l’adj. afférent signifie qui revient à chacun, qui se rapporte à lui, le concerne. En anatomie, est afférent un nerf ou un vaisseau sanguin qui arrive à un organe. L’opposé, dans ce cas, est dit efférent (littéralement, qui porte dehors). Souffrir, c’est étymologiquement porter (-frir) sous (sub- devenant souf-), donc supporter, endurer. Sur l’idée de porter, on relève le mot amphore qui désigne un vase qu’on porte (-phore) des deux (amphi-) côtés, grâce à deux anses. Pour finir, le thuriféraire est un porteur d’encens, au sens premier d’abord, puis au sens figuré. C’est alors un flatteur.
Le terme délai pose problème : certains le font remonter au germ. laibjan qui signifie faire rester. D’autres le rattachent à la famille de laisser, avec le sens de laps de temps qui est laissé. Il est toutefois possible de le rattacher à la famille de fertile. Le délai est alors le temps pendant lequel une action, une décision est différée.

Complément

Viennent du grec des mots comme la périphérie, la métaphore, l’anaphore, l’euphorie, le doryphore, le phosphore.
Vient du germ. : la bière (au sens de cercueil, à partir de celui de civière).

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque