La Chair des mots

VAL

Poésie

C’est la Vallée d’la Mort de l’autr’ côté d’la rue,
Vers les noirs pâturages la haute transhumance,
L’Adolescence...

Henri Tachan, L’Adolescence

Étymologie

Val < lat. vallis = le val, la vallée, le vallon < rac. i.-e. *wel- qui signifie rouler

Domaines

Les quatre éléments : vallée, vallon (< it.), vallonné (< it.), vallonnement (< it.), vallonner (< it.)
La faune et la flore : bivalve, involuté, trivalve, univalve, valvaire, valve, valvé, valvulaire, valvule, volubile, volubilis (lat.), volvaire, volve, volvé, vulvaire
Le corps : circonvolution, valvaire, valve, valvé, valvulaire, valvule, voûté, voûter, vulvaire, vulve, vulvite (hyb.)
L’habitat : archivolte (< it.), volute, vousseau, voussoir, voussure, voûtain, voûte, voûter
Le travail manuel : avaler, avaleur, avaloir, avaloire, à vau-l’eau, circonvolution, dévaler, galvauder, raval, ravalement, ravaler, ravaleur, ravaudage, ravauder, ravaudeur, valvaire, valve, valvé, vautrer (se), volte-face (< it.), voltigement, voltiger (< it.)
Les sentiments : désinvolte (< it.), désinvolture (< it.), révoltant, révolte (< it.), révolté (< it.), révolter (< it.), révolutionner, valse-hésitation (hyb.)
La communication : ravaler, volubile, volubilité
La spatialité : aval, Laval, virevolte, virevolter
La temporalité : évoluer, évolutif, évolution, révolu
Le travail intellectuel : dévolu, évolué, évoluer, évolutionnisme, évolutionniste, révolutionner, virevolte, virevolter, volte-face (< it.), volucompteur, volume, volumétrie (hyb.), volumétrique (hyb.), volumineux, volumique
La politique : contre-révolution, contre-révolutionnaire, révolution, révolutionnaire, révolutionnairement, révolutionnarisation, révolutionnarisme, révolutionnariste
L’économie : revolving (ang.)
La justice : aval, avaliser, dévolu, dévolutif, dévolution
La médecine : évolutif, évolutivité, involutif, involution, volvulus, vulvite (hyb.)
L’armée : révolver (ang.), voltigeur (< it.)
Les loisirs : volte (< it.), volter, voltige (< it.), voltigeur (< it.)

Commentaire

Avec ou sans dormeur, avec ou sans Rimbaud, le val est un paysage mental rassurant, par sa dimension réduite, par la présence dominante des éléments féminins que sont l’eau et la terre. Le val, qui illustre bien le sens premier de la rac., à savoir rouler, descendre, se reconnaît immédiatement dans l’aval, dévaler, le vallon, la vallée, le vallonnement. L’aval est en bas, par opposition à l’amont. Avaler, c’est donc faire descendre les aliments, à partir de la bouche, vers le bas, d’abord l’estomac. L’adj. dévolu signifie déroulé, qui vous roule dessus, d’où échu, acquis par droit. Par ailleurs, le raval est l’approfondissement d’un puits. Ravaler une façade, c’est la nettoyer en faisant tomber (descendre) tous les éléments qui la salissent ou la dégradent, avant de lui appliquer un nouvel enduit.
La forme stylisée du val, sorte de courbure, de forme arrondie, se retrouve dans l’archivolte (face verticale d’un arc), la valve, la valvule, désinvolte (qui n’est pas enveloppé, enroulé, embarrassé, donc libre, dégagé), la volve (de certains champignons), la vulve, la vulvite, le volvulus (torsion d’un organe creux autour d’un point fixe), la voûte, la voussure, le voussoir.
L’idée de tourner est très proche. On la retrouve dans la circonvolution, la volte (mouvement en rond que l’on fait faire à un cheval), la volte-face (demi-tour subit), la voltige, involuté (roulé en dedans), revolving (tournant, révisable, pour un crédit), le révolver (arme de poing approvisionnée par un barillet qui tourne), volubile (qui tourne aisément, qui parle aisément, abondamment), le volubilis (liseron ornemental dont la tige s’enroule autour d’une autre plante), la volute (enroulement en spirale), révolu (qui a fait un tour complet, d’où achevé au sens de complet ou au sens de passé), la révolution (d’un astre ou d’un peuple), la révolte (d’un individu ou d’un groupe social), se vautrer (se rouler), le volume (dans l’antiquité, manuscrit enroulé autour d’une baguette, puis livre relié ou broché, espace en trois dimensions occupé par un corps, grosseur, "à cause, selon Littré, de l’idée de pli et repli qui y est attachée"), l’évolution (un déroulement).
Ravauder pose problème. Le verbe a et surtout a eu des sens multiples et éloignés les uns des autres : raccommoder, mais aussi fureter, marauder, marchander, dire ou écrire des bavardages, tenir des propos incohérents. Si le sens de marchander peut s’expliquer par l’idée de faire descendre un prix, c’est sur le sens de tourner, visible dans l’alld. der Walzer, la valse, que s’explique marauder, fureter. De tourner, il suffit de passer à aller et venir pour justifier l’évolution vers raccommoder. Le sens de dire ou écrire des bavardages, voire des propos incohérents correspondrait à tourner en rond, se répéter, ne pas produire un discours structuré. D’une manière analogue, galvauder est construit sur le rad. gallo-roman walare, se la couler douce, d’où l’anc. fr. galer, s’amuser, et sur la rac. de val, au sens de dire des propos incohérents, d’où le sens de humilier qui a évolué vers l’idée de gâcher, perdre son temps.

Complément

Viennent du grec : l’hélice, l’hélicoptère, l’élytre.
Viennent du germ. : la valse, valser, le valseur, valdinguer.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque