La Chair des mots

SPECTACLE

Poésie

Paix à vous mes amis, dont la tendresse m’est une nécessité
Paix et respect de la vie de chacun
Paix à la fascination du feu, paix au lever du jour
À la tombée de la nuit

Catherine Ribeiro, Paix

Étymologie

Spectacle < lat. spectaculum = la vue, l’aspect, le spectacle < spectus < specere / spicere = regarder < rac. i.-e. *sp-ek- qui signifie regarder

Domaines

La faune et la flore : antispécisme (< ang.), antispéciste (< ang.), espèce, spéciale, spécisme (< ang.), spéciste (< ang.)
Le corps : épice, épicé, épicer, quatre-épices
Le travail manuel : aspect, aspectuel, épicerie, épicier, espèce, inspecter, inspection, prospect, prospecter, prospecteur, prospectif, prospection, prospective, prospectiviste, rétrospectif, rétrospection, rétrospective, rétrospectivement, sous-espèce, spécial, spéciation, spécification, spécificité, spécifier, spécifique, spécifiquement, spécimen (lat.), spectaculaire, spectateur, spéculaire, spéculum (lat.), téléspectateur (hyb.)
Les sentiments : circonspect, circonspection, dépit, dépiter, expectant, expectatif, expectation, expectative, introspectif, introspection, irrespect, irrespectueusement, irrespectueux, non-respect, perspicace, perspicacité, respect, respectabilité (< ang.), respectable, respecter, respectueusement, respectueux, soupçon, soupçonnable, soupçonner, soupçonneusement, soupçonneux, spécial, suspect, suspecter, suspicieux, suspicion
La communication : aspect, aspectal, prospectus (lat.)
La temporalité : répit
La spiritualité : aruspice, auspice, haruspice, spectral, spectre
Le travail intellectuel : insoupçonnable, insoupçonné, perspectif, perspective, perspectivisme, respectif, respectivement, spécialement, spécialisation, spécialiser, spécialiste, spécialité, spécieusement, spécieux, spéciosité, spéculatif, spéculation, spéculativement, spéculer
La physique : spectral, spectre, spectrochimique (hyb.), spectrogramme (hyb.), spectrographe (hyb.), spectrographie (hyb.), spectrographique (hyb.), spectromètre (hyb.), spectrométrie (hyb.), spectrométrique (hyb.), spectroscope (hyb.), spectroscopie (hyb.), spectroscopique (hyb.)
La politique : contre-espionnage, espion, espionnage, espionner, espionnite (hyb.), inspecter, inspecteur, inspection
L’économie : spéculateur, spéculatif, spéculation, spéculativement, spéculer
La justice : prospect
La médecine : répit
Les loisirs : spéciale

Commentaire

La famille est vaste. Ici, il s’agit de regarder, d’examiner, pas simplement de voir. L’aruspice (ou haruspice) est, à Rome, le prêtre chargé d’examiner (-spice) les entrailles (de l’étrusque aru ou haru-) des victimes pour interpréter la volonté des dieux. L’auspice est, toujours à Rome, le présage tiré du vol ou du chant ou du comportement des oiseaux (avis devenant au-). Respecter, c’est regarder en arrière, dans une perspective temporelle, c’est-à-dire considérer comme modèle à suivre ce qui a été énoncé et admis dans le passé pour en tirer des conséquences pour le présent et l’avenir. On passe ensuite, toujours à propos de respecter, à l’idée de prendre en considération, de s’intéresser à chaque élément d’un ensemble dans son rôle par rapport aux autres. Le mot répit est construit sur le même subst. lat. (respectus) qui signifie le regard en arrière, puis l’égard, le recours, le refuge, puis, en bas lat., le délai, la pause.
Au lieu de regarder en arrière, on peut regarder en avant, d’où le vb prospecter. Le mot prospectus, quant à lui, a d’abord été une vue d’ensemble, un document (brochure, imprimé) d’annonce d’un livre, d’un journal, d’une collection, avant d’envahir les boîtes aux lettres pour promouvoir un produit de consommation courante. On peut, avec inspecter, diriger son regard vers quelqu’un ou quelque chose. Le préfixe in- a aussi en lat. une valeur d’adversité ! On peut aussi regarder à l’intérieur de soi, psychiquement parlant, avec l’introspection. Avec la circonspection, on regarde tout autour, par prudence, d’où le sens de méfiance. Le téléspectateur, quant à lui, regarde au loin, ce qui se passe loin de lui.
On peut aussi regarder à travers, découvrir ce qui était caché, et se montrer perspicace. La perspective, quant à elle, concerne la temporalité quand il s’agit d’une attente d’événements. Elle concerne surtout l’espace, en peinture notamment. Il s’agit d’une représentation plane (en deux dimensions) d’un objet (ce qu’on a, étymologiquement parlant, en face de soi) en trois dimensions, avec l’objectif de donner une impression de profondeur spatiale. Le terme s’applique aussi à la méthode utilisée pour y parvenir. On lira avec profit l’article perspective de Wikipédia, et les nombreuses perspectives qui ont cours pour parvenir à cette représentation du monde. Par ailleurs, soupçonner consiste à regarder ce qui est caché, du bas vers le haut, avec une idée de méfiance. Suspecter est construit sur le même rad. lat. que soupçonner.
On peut, à l’opposé, regarder d’en haut, de haut, d’où le dépit. On peut aussi regarder vers, en direction de, avec l’aspect. Le terme lat. aspectus signifiait d’ailleurs en lat. le regard. Le terme aspect renvoie aussi à l’orientation, à la perspective qui s’offre au regard depuis le lieu où se trouve l’observateur. L’aspect peut alors désigner la manière dont quelqu’un ou quelque chose apparaît, son apparence. Le terme est aussi utilisé en grammaire pour décrire la manière dont l’action verbale est présentée (achevée, en train de s’accomplir, répétée, etc.). Espionner, c’est regarder, sans être vu, à partir (es- à partir de ex- en lat.) d’un lieu. Le même rad. a aussi donné l’expectative, qui consiste à regarder à partir d’une position, sans agir dans l’immédiat. Une sous-fam. très importante, pour finir, est celle du mot espèce dont le rad. commence aussi, dans des termes plus récents, plus savants, sous la forme spéci- ou spéc-, à partir du lat. species. Le premier sens du terme espèce, en fr., est celui d’apparence (ce qui apparaît au regard), d’aspect. L’adj. spéculaire renvoie au miroir (speculum en lat.). Le sens d’apparition ou de fantôme est représenté quant à lui par le spectre, et le sens dérivé de semblant, de faux (par opposition au vrai), est présent dans spécieux et la spéciosité. L’observation sert à identifier, d’où le sens de cas particulier, qu’on trouve dans spécial, la spécificité, la spécialité (en médecine par ex.), spécifique, le spécimen (mot lat.), la spécification.
Les éléments d’un tout (le vivant par ex.) présentant les mêmes caractéristiques appartiennent à la même espèce à l’intérieur d’un genre. C’est en ce sens qu’on parle d’espèce humaine. On pourra se reporter à l’article très complet de CNRTL à l’entrée "espèce". Le terme spécisme a été forgé sur le modèle de racisme et sexisme pour défendre l’idée que l’espèce définit des droits et classe certaines espèces plus haut ou moins haut dans une échelle de valeur morale. Le chien est supérieur au porc, l’être humain est supérieur au chien, et à tout autre animal… En simplifiant, il n’y a pas, pour un spéciste, d’évolution des espèces (Darwin est récusé), et les spécistes sont souvent en même temps des adeptes du créationnisme. Les antispécistes ont lu Darwin et refusent d’introduire les notions de morale et de valeur dans le classement des espèces. On se reportera avec profit à l’article "spécisme" de Wikipédia. Parfois, le mot espèce renvoie à un sous-ensemble, dans des expressions comme la pire espèce, une espèce de… , une pauvre espèce, la belle espèce, des gens de toute espèce. Comme son ancêtre lat. species, le mot espèce a aussi le sens d’objet, de marchandise, de denrée, sans doute dérivé de la notion de classification. En pharmacie, le terme d’espèces désigne des mélanges de racines, de fleurs, de graines, de feuilles apparentées par leurs propriétés (espèces amères, espèces apéritives, espèces diurétiques, etc.). Les espèces les plus prisées sont les aromates, et species avait déjà ce sens en lat. Parmi les aromates, on définit des espèces par excellence qu’on appelle les épices (même origine étymologique que le mot espèce). L’épicier est étymologiquement un vendeur d’épices, donc d’espèces... L’expression "payer en espèces" a, semble-t-il, une double origine, mais l’idée de base est celle d’un paiement comptant sous une forme où le vendeur reçoit immédiatement son argent, sans avoir à transformer a posteriori le paiement comme c’est le cas pour un chèque par ex. On peut partir de la notion de choses, de denrées, pour interpréter l’expression "payer en espèces" comme signifiant payer en choses ayant la même valeur que ce que l’on acquiert, une sorte de troc. Mais dès la fin du Moyen Âge, le mot espèce pouvait désigner une pièce d’or ou d’argent. Ces pièces sont les espèces sonnantes et trébuchantes bien connues, par opposition aux billets par ex. L’évolution du commerce et des pratiques bancaires a fait abandonner le troc, et l’expression "payer en espèces" a désigné tout paiement en pièces ou en billets.

Complément

Au sens de surveiller, épier vient du franc.
Au sens de développer ses épis, pour une céréale par ex., épier appartient à la famille de épi (voir cette famille).

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque