La Chair des mots

ROMPRE

Poésie

Je saigne dans ce carrefour des cent mille routes. J’ai peur.

Jacques Bertin, Permanence du fleuve, À Julos

Étymologie

Rompre < lat. rumpere = rompre, briser, casser, faire en brisant, pratiquer, frayer, ouvrir (une route)

Domaines

Les quatre éléments : éruptif, éruption, rupestre
La faune et la flore : rupicole
Le corps : fausse route, restoroute
Le travail manuel : abrupt, abruptement, autoroute (hyb.), déroutage, déroutement, dérouter, ex abrupto (lat.), ferroutage, ferrouter, interrupteur, irruption, pont-route, restoroute, routage, routard, route, router, routier, routière, rupteur, rupture
Les sentiments : abrupt, abruptement, corrompre, corrompu, corrupteur, corruptibilité, corruptible, corruption, courroucer, courroux, déroutant, dérouter, incorruptibilité, incorruptible
La spatialité : ininterrompu, interrompre, interruption
La temporalité : ininterrompu, interrompre, interruption, routine, routinier
La physique : rompu
La politique : roture, roturier
La justice : banqueroute (< it.)
La médecine : fausse-route
L’armée : déroute
Les loisirs : raout (< ang.)

Commentaire

La notion de rupture est assez souvent limpide, mais l’intérêt de la famille réside dans les termes où cette notion se cache un peu, beaucoup, etc. Le terme même de rupture, très polysémique, n’a plus le sens qu’il avait en lat. pop. de défrichement d’un sol, d’action de rompre une terre avec la charrue. Commençons l’étude des termes les plus originaux avec le mot route. Étymologiquement, la route est une voie qui a été tracée dans une forêt en coupant les arbres sur le tracé. D’où le routier, qui a d’abord signifié le soldat, l’aventurier, à partir d’un mot route (même étymologie) signifiant troupe divisée, qui a ensuite pris le sens moderne. De ce sens dérivent la routine, router et le routage. Ce dernier terme renvoie au pilotage d’un navire (sur une route maritime déterminée) et le triage d’imprimés, de journaux, de prospectus à diffuser par lieux de destination (en suivant une route, un chemin, un cheminement), effectué par une messagerie le plus souvent.
Le terme banqueroute signifie littéralement en it. "la table cassée" : on brisait le comptoir du changeur ou du banquier incapable d’honorer une traite. Dérouter, c’est mettre hors de la route (au sens de chemin), perturber, alors que la déroute est la dispersion d’une troupe (autre sens de route vu dans le routier, qui apparaît aussi dans le raout). La rupture se cache dans l’éruption du volcan qui fait sauter la roche obstruant le cratère. Elle se cache dans l’irruption qui est une action violente qui rompt le calme qui pouvait être de rigueur auparavant. L’interruption est une interposition violente. Le courroux est une colère. Le verbe courroucer, étymologiquement, signifie maltraiter, endommager, d’où chagriner, d’où mettre en colère. Corrompre, c’est, par la violence ou la ruse, détruire, anéantir quelqu’un, physiquement ou psychiquement, ou les deux. Le mot roture a la même étymologie que le mot rupture. C’était un droit à payer au seigneur pour pouvoir défricher une terre (cf. ci-dessus le terme rupture). Le mot roture a ensuite désigné l’état de ces terres ainsi achetées par opposition à la terre du seigneur acquise par héritage, puis la condition de roturier, puis l’ensemble des roturiers. L’adj. rupestre, enfin, s’applique par ex. à une plante qui vit sur les rochers. Le terme lat. qui désignait le rocher (rupes) impliquait la notion de rupture, d’éboulement ou de fissuration.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque