La Chair des mots

PORTE

Poésie

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

Guillaume Apollinaire, Alcools, Le Voyageur

Étymologie

Porte < lat. porta = la porte (de ville), la porte (en général), l’ouverture < rac. i.-e. *pr-t- / *por-t- qui désigne l’ouverture

Domaines

La faune et la flore : cloporte, madrépore (< it.), madréporique, porte-greffe, porte-queue
Le corps : pore (< gre.), portal, portée, prêt-à-porter, rapport
L’habitat : dessus-de-porte, porche, portail, porte-fenêtre, portillon, portique
Le travail manuel : aéroport, aéroporté, aéroportuaire, apport, apporter, autoporteur, avant-port, caloriporteur, colportage, colporter, colporteur, comporter, déportement, déporter, emporte-pièce, emporter, exportable, exportateur, exportation, exporter, gros-porteur, héliport, héliporté, importable, importateur, importation, importer, intransportable, port, portabilité, portable, portage, portant, portatif, porte-à-faux, porte-bagages, porte-bouquet, porte-cartes, porte-cigarettes, porte-clef, porte-clefs, porte-clés, porte-conteneurs, porte-crayon, porte-documents, porte-faix, portefaix, portefeuille, portemanteau, portemine, porte-monnaie, porte-outil, porte-parapluies, porte-plume, porter, porte-savon, porte-serviettes, porteur, portier, portière, portuaire, portulan (< it.), rapporté, rapporter, rapporteur, remporter, report, reporter (ang.), reporteur, support, transport, transportable, transporter, transporteur, triporteur
Les sentiments : comportement, comportemental, comportementalisme, emporté, emportement, emporter, importance (< it.), important (< it.), importun, importunément, importuner, importunité, inopportun, inopportunément, inopportunité, insupportable, insupporter, opportun, opportunément, opportunisme, opportuniste, opportunité, porté, sportivement (< ang.), sportivité (< ang.), supportable, supporter, supporteur, transport, transporter
La communication : portable, porte-à-porte, porte-parole, porte-voix, radioreportage, rapport, rapporter, rapporteur, reportage, reporter (ang.)
La spatialité : altiport
La temporalité : report
La spiritualité : porte-bonheur, porte-malheur, portement, porterie
Le travail intellectuel : portée
La physique : caloriporteur, poreux, porosité, portance
La politique : déportation, déporté, déporter, passeport
L’économie : exportable, exportateur, exportation, exporter, importable, importateur, importation, importer, import-export, pas-de-porte, rapport, rapporter, report
La justice : transportation
L’armée : porte-avions, porte-drapeau, portée
Les loisirs : antisportif, omnisports, remporter, sport (ang.), sportif (< ang.), sportivement (< ang.), sportivité (< ang.)

Commentaire

La porte est, étymologiquement, une ouverture, pas une fermeture ! Cela est peut-être à mettre en relation avec la notion d’hospitalité des civilisations antiques. Cette porte se retrouve dans des termes comme le porche, le portail, le portillon, le portique, la portière, le portier, la porterie (loge du portier), la veine porte, portal (qui concerne la veine porte), le cloporte, le pore, poreux, la porosité, le pas-de-porte, le porte-à-porte, le madrépore. Ce dernier terme associe en it. le rad. de la mère (madre-), et l’idée d’ouverture (-pore) à partir du grec poros signifiant le passage. Le madrépore est un cnidaire qui construit les polypiers des coraux.
La porte devient ouverture sur la mer avec le port. On rencontre alors, par ex., l’avant-port, le passeport, portuaire, le portulan (carte marine jusqu’à la Renaissance). Sur le rad. du mot port, on a construit les termes aéroport, aéroporté, héliport et héliporté.
Le port est le lieu d’échanges pour les marchandises qui entrent dans le port ou qui sortent du port, et par extension n’importe quel lieu d’échanges peut remplir la fonction de port, d’où des termes comme l’exportateur, l’exportation, exporter, l’import-export, l’importateur, l’importation, importer, gros-porteur. Ces échanges peuvent concerner des êtres humains, avec déporter, la déportation, le déporté. Les marchandises doivent être déplacées, d’où la nuance très importante de porter, avec le colporteur, colporter, le colportage. Ici, le préfixe col- ne renvoie pas étymologiquement au col, donc au cou : colporter, c’est porter ensemble (comportare en lat., avec cum- devenant com- puis col-) des marchandises dans un lieu, une ville, une foire, un marché. Ces marchandises étaient transportées le plus souvent à dos d’homme, voire sur le cou, dans une hotte ou un balluchon, d’où l’étymologie populaire. On peut relever aussi, pour illustrer cette nuance, le porteur, l’apport, apporter, autoporteur, intransportable, le transport, transportable, transporter, le transporteur, le triporteur, la portabilité, le portable, le portage, la portance (en physique), le portant, portatif, le porte-à-faux, le portefaix, le portefeuille, le prêt-à-porter, le portemanteau, le portemine, le portement (voc. religieux), la transportation (transport de condamnés dans un lieu lointain), emporter, l’emporte-pièce, rapporter, le report, reporter (le vb), le déportement (pour un véhicule qui se déporte sur le côté), supporter, (le vb), supportable, le support, le rapport, le rapporteur. On ne citera pas tous les mots composés commençant par porte-, du porte-avions au porte-voix.
Le subst. portée désigne entre autres les petits qu’une femelle a portés et a mis bas en une fois. Le terme portée a de nombreux autres sens dérivés du vb porter, qu’il s’agisse de la distance maximale à laquelle une arme peut, sinon porter, du moins lancer un projectile, ou qu’il s’agisse des cinq lignes horizontales, équidistantes et parallèles, utilisées pour noter la musique. Les notes sont comme portées par ces lignes. L’idée de rapporter s’est spécialisée dans le journalisme où il s’agit de rapporter des informations, des images, des témoignages… On rencontre alors le reportage, le reporter, le reporteur (d’abord ouvrier lithographe puis francisation du mot reporter), le radioreportage. Le mot port désigne aussi la manière d’être de quelqu’un, d’où les liens avec la santé, dans des expressions comme bien ou mal se porter, être ou ne pas être bien portant.
De cette nuance, on passe aisément à celle d’attitude par rapport à son entourage, avec des termes comme le comportement, comportemental, le comportementalisme, l’emportement, emporté, importun, importuner, l’importunité, inopportun, l’inopportunité, insupportable, insupporter, opportun, l’opportunisme, opportuniste, l’opportunité, porté (être porté à), se comporter (avec la même base latine cumportare que colporter). On peut ajouter important (qui a un rôle de premier ordre, mais aussi prétentieux). De là l’importance, importer au sens d’avoir de l’importance. Un ensemble de termes concernent le sport. En anc. fr., desporter signifiait distraire, et se desporter (se déporter) signifiait s’amuser. On est tout près du divertissement condamné par les jansénistes… Le sport est illustré dans des termes comme le supporteur ou supporter, omnisports, (le) sportif, sportivement, la sportivité, remporter.

Complément

Vient du grec : le péroné.
Vient du germ. : le fjord, le ferry.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque