La Chair des mots

PLIER

Poésie

Quel doux et cruel mouvement
Veut rendre ainsi de mon tourment
Mes volontés mêmes complices ?

Tristan L’Hermite, Les Plaintes d’Acante, La Négligence avantageuse

Étymologie

Plier < lat. plicare = plier, replier, enrouler < rac. i.-e. pl-ek- qui signifie plier. Le sanscrit pric- suggère une idée de mêler, joindre, courber.

Domaines

Les quatre éléments : réplique
La faune et la flore : arroche, simples
Les groupes humains : quadruplés, quintuplés, septuplés, sextuplés, triplés
Le corps : complexion, double-crème, doublure, gras-double, plexus (lat.), plié, réplication, souple, souplement, souplesse, triplure
L’habitat : doubleau, duplex, pliant, triplex (lat.)
Le travail manuel : applicabilité, applicable, applicage, applicateur, application, applique, appliquer, assouplir, assouplissant, assouplissement, démultiplicateur, déplier, déplisser, déploiement, déployer, doublage, doublet, doublonner, emploi, employable, employé, employer, employeur, exploit, exploitabilité, exploitable, exploitant, exploitation, exploité, exploiter, exploiteur, inapplicable, inapplication, inappliqué, inemploi, inemployable, inemployé, inexploitable, inexploité, plein-emploi, pli, pliable, pliage, pliement, plieur, plieuse, plioir, plissage, plissé, plissement, plisser, plisseur, plisseuse, plissure, pliure, ploiement, ployable, ployer, redéploiement, redéployer, réemploi, réemployer, remploi, remployer, repli, repliable, repliement, replier, replisser, reploiement, reployer, simple, simplement, simplex, simplicité, sous-emploi, sous-employer, sous-exploitation, sous-exploiter, suremploi, surexploitation, surexploiter
Les arts : contre-emploi, double-croche, doubleur, doublure
Les sentiments : application, appliqué, complexé, complexer, complice, complicité, décomplexer, duplicité, exploité, exploiter, exploiteur, perplexe, perplexité, simple, simplement, suppliant, supplication, supplice, supplicié, supplicier, supplier, supplique, surexploitation, surexploiter
La communication : doublet, doublon, duplicata, duplicateur, duplication, dupliquer, explicable, explicatif, explication, explicitation, explicite, explicitement, expliciter, expliqué, expliquer, implexe, implicite, implicitement, impliquer, inexplicable, inexplicablement, inexpliqué, multiplex, multiplexage, réplique, répliquer, triplicata (lat.)
La spatialité : Plessis
Le travail intellectuel : centuple, centupler, complexe, complexification, complexifier, complexité, complication, compliqué, compliquer, décupler, dédoublement, dédoubler, démultiplication, démultiplier, doublage, doublant, double, doublé, doublement, doubler, implication, multiple, multipliable, multiplicande, multiplicateur, multiplicatif, multiplication, multiplicativement, multiplicité, multiplier, nonupler, octuple, octupler, quadruple, quadrupler, quadruplet, quintuple, quintupler, redoublant, redoublé, redoublement, redoubler, septuple, septupler, sextuple, sextupler, simplet, simplexe, simplifiable, simplificateur, simplification, simplifier, simplisme, simpliste, sous-multiple, triple, triplement, tripler, triplet
La physique : simple
L’économie : doublon, emplette, plein emploi
La justice : complice, complicité, implication, impliquer, réemploi, remploi
La médecine : dédoublement, simples
Les loisirs : triplé, triplette

Commentaire

Seul le toponyme Plessis semble illustrer le sens très ancien de joindre, tresser, vraisemblablement pour désigner un lieu où poussaient des roseaux, des saules, de l’osier. Le sens de tresser s’affaiblit en devenant enrouler, entourer, envelopper, intégrer, mêler. On peut alors évoquer un ensemble de termes illustrant les nuances d’implication, d’emploi et d’emplette. À la base, on a le lat. implicare qui signifie étymologiquement mettre dans des plis, plier dans quelque chose. Impliquer consiste à mettre hors d’état de s’en sortir, quasiment ligoter. La sous-fam. s’est spécialisée dans les domaines logique et juridique. De là l’implication, implicite, implicitement et implexe qui ne s’emploie guère que pour qualifier une intrigue compliquée. Employer consiste aussi, étymologiquement, à plier dans, d’où mettre dans, par ex. un produit dans un mélange, telle pièce dans un assemblage. Le vb perd ensuite ce sens de mélanger, d’intégrer, pour prendre celui d’utiliser ce produit, cette pièce, de s’en servir. Le subst. emploi va jusqu’à se retrouver synonyme de profession quand il s’agit pour quelqu’un de réaliser à longueur de temps ce type d’opération. De là l’employé, l’employeur, le contre-emploi, l’inemploi, le remploi ou réemploi (en droit ou en architecture), le suremploi, le sous-emploi… On a oublié dès l’époque romaine que l’emplette pouvait être le produit enveloppé dans un emballage. Dès lors, l’emplette est le fait d’acheter, de dépenser. Aujourd’hui, le terme concerne l’achat de marchandises, d’objets ordinaires le plus souvent, ou de valeur modique. Par métonymie, le mot emplette, surtout au plur., désigne les objets achetés.
Le sens le plus évident et de très loin le mieux représenté est celui de plier. On rencontre alors le pli, le pliage, le pliant, la plieuse, le plissage, le plissement, plisser, la pliure, plié, le repli, le repliement, replier. On rencontre aussi souple (qui peut plier vers le bas, qui peut plier les genoux), assouplir, l’assouplissement, la souplesse, supplier (qui se plie vers le bas, qui plie les genoux), la supplication, la supplique, le supplice (le fait de plier vers le bas, de faire mettre à genoux, puis de mettre à mort), (le) supplicié, supplicier, ployer, le ploiement, déplier, déplisser, le déploiement, déployer, expliquer (littéralement enlever les plis, rendre évident), explicable, l’explication, l’explicitation, explicite, expliciter, expliquer, le redéploiement, redéployer, le plexus, inexplicable, etc. Répliquer, étymologiquement, c’est replier, plier en arrière, d’où déplier, dérouler (un manuscrit), lire ou réciter un texte, en particulier au théâtre. Le sens strict du subst. réplique désigne une réponse à une réponse, ce qui explique son emploi dans une argumentation, dans une œuvre dramatique. Le terme est néanmoins couramment utilisé au sens de réponse, avec l’idée, fréquemment, d’une réponse du tac au tac. Le vb appliquer signifie littéralement mettre un pli, une couche, sur quelque chose, un support, d’où peaufiner un travail, d’où s’appliquer au sens de travailler avec zèle, d’où l’application comme synonyme de zèle. De là l’applicateur, l’applique, appliqué, etc. Sur le même rad. que expliciter, dérivé de expliquer, à savoir en lat. vulg. explicitare, on a le vb exploiter. Exploiter, c’est littéralement mettre à plat, réduire à rien, dans de nombreux domaines, du filon de charbon dans une mine à l’ouvrier mal payé et mal considéré… Un sens mélioratif est cependant fourni par l’exploit, c’est-à-dire une action qui va jusqu’au bout, qui atteint les limites des capacités humaines. On associe à exploiter l’exploitabilité, l’exploitant (agricole, par ex., qui n’est sémantiquement ni un paysan, ni un agriculteur, ni un cultivateur), l’exploitation, l’exploiteur, la surexploitation, surexploiter
On peut plier en un, c’est-à-dire ne pas plier. C’est la nuance illustrée par simple, les simples, simplet, la simplicité, la simplification, simplifier, simpliste… On peut plier en deux, avec des mots comme double (où dou- renvoie à deux, et -ble, pour -ple, à plier), le doublage, le doubleau (en architecture), le doublement, doubler, le doublet, (le) doublé, le doublon, la doublure, le duplex, le duplicata, la duplicité, dupliquer, le dédoublement, dédoubler, le redoublant, le redoublement, redoubler. On peut plier en trois, avec triple, le triplement, tripler, le triplet, la triplette, le triplex, le triplé, les triplés. On peut plier en quatre, avec (le) quadruple, quadrupler, les quadruplés, ou en cinq, avec (le) quintuple, quintupler, les quintuplés, ou en six, avec (le) sextuple, sextupler, les sextuplés, ou en sept, avec (le) septuple, septupler, les septuplés, et pourquoi pas en huit, avec octuple (adj. ou subst.), octupler, ou en dix, avec décupler, ou encore en cent, avec (le) centuple, centupler. On peut plier en un grand nombre de fois. On rencontre alors des termes comme complexe (où com- vient de cum- avec un sens évolué : de l’idée d’accompagnement, on passe à celle de plusieurs, puis de grand nombre), complexer (qui implique un repli sur soi), la complexification, complexifier, la complexion (constitution physique d’un organisme, avec l’idée que les différents composants sont nombreux et imbriqués, d’où l’idée de quelque chose de compliqué), la complexité, complexé, la complication, (le) complice (qui est impliqué dans une affaire), la complicité, compliquer, compliqué, décomplexer, la démultiplication, démultiplier, (le) multiple, (le) multiplex, multipliable, le multiplicande, (le) multiplicateur, la multiplication, la multiplicité, multiplier, perplexe, la perplexité.
Pour finir, le nom de l’herbe appelée arroche, en lat. atriplex, est composé de atri- signifiant noir, sombre, pour désigner la couleur vert sombre de la variété la plus commune, et de -plex pour l’idée de plier, mais ce nom est souvent rapproché à tort de triplex, triple, littéralement plié en trois, car les feuilles sont triangulaires.

Complément

Vient du franc. via l’it. : le falbala.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque