La Chair des mots

HAUT

Poésie

S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes.

Barbara, Perlimpinpin

Étymologie

Haut < lat. altus = qui a fini de grandir, haut, élevé, profond (le [h] est sans doute purement graphique) < rac. i.-e. *H2el- (al-) qui signifie nourrir

Domaines

Les quatre éléments : altocumulus, altostratus, autan (< prov.), haut-fond, hauturier
La faune et la flore : hautain, hautin, prolifération, prolifère, proliférer
Le corps : alicament, aliment, alimentaire, alimentation, alimenter, haut-de-chausses, haut-de-forme, haut de forme, haute-forme, haute forme, prolifération, prolifère, proliférer, sous-alimentation, sous-alimenté, sous-alimenter, suralimentation, suralimenté, suralimenter
Le travail manuel : exhaussement, exhausser, haute-fidélité, haute lice, haute lisse, haut-fourneau, haut-le-pied, haut-parleur
Les arts : altiste, alto (it.), contralto, hautbois, hautboïste, haute-contre, haut-relief, rehaussage, rehaut
Les sentiments : altier (< it.), exaltant, exaltation, exalté, exalter, exaucement, exaucer, hautain, hautement, hauteur, haut-le-cœur, haut-le-corps, inexaucé, prolifique
La spatialité : altimètre (hyb.), altimétrie (hyb.), altiport, altitude, haussement, hausser, haute cour, hauteur, rehaussement, rehausser, surhaussé, surhaussement, surhausser
La temporalité : adolescence, adolescent, adolescente, adulte, adultisme, préadolescence, préadolescent
La spiritualité : autel
Le travail intellectuel : hautement, hauteur
La physique : coalescence, coalescent, coalescer, exhausteur
La politique : altesse (< it.), coalisé, coaliser, coalition, haute, hautesse, prolétaire, prolétariat, prolétarien, prolétarisation, prolétariser, prolo, sous-prolétaire, sous-prolétariat
L’économie : antihausse, hausse, hausser, haussier
La justice : abolir, abolition, abolitionnisme, abolitionniste, haute cour, haute trahison
La médecine : alicament

Commentaire

On peut partir, comme nuance première, de l’idée de nourrir. Elle se retrouve dans des termes comme l’alicament, l’aliment, l’alimentation, la sous-alimentation, la suralimentation, etc. Sur le même rad., on rencontre des mots qui évoquent l’idée de descendance, proles en latin, littéralement ceux qui sont nourris en avant, ceux qui forment la postérité. Être prolifique, c’est créer (-fique) de la descendance (proli-). D’où proliférer, la prolifération, le prolétaire (citoyen de la dernière classe de la société romaine, qui n’était considéré comme utile que par les enfants qu’il engendrait), prolétariser, etc. Celui qui grandit est un adolescent, et celui qui a fini de grandir est un adulte. Une coalition est une alliance, une réunion, une entente qui permet d’augmenter des forces économiques, politiques, militaires. Ce qui est coalescent est réuni, soudé, en chimie, en biologie par ex. L’adulte a fini de grandir, d’où le sens de haut qui concerne de nombreux termes. Au sens concret, on peut citer l’altimètre, l’altiport, l’altitude, l’exhausteur de goût, des composés en haut, comme le haut-fourneau, le haut-relief, le haut-de-forme (cf. l’entrée forme), la haute lisse (ou haute lice), la hauteur, le haussement, hausser.
L’autel, table où l’on célèbre la messe, est un mot qui vient du paganisme : le terme altaria désignait en lat. un lieu élevé où l’on célébrait des sacrifices. Abolir, c’est faire décroître, diminuer, effacer, supprimer. D’où l’abolition, l’abolitionnisme. Les Romains interprétaient l’adj. altus (haut) comme signifiant "qui s’écarte de la surface", vers le haut, bien sûr, mais aussi vers le bas, au sens de profond. C’est ce qui explique la haute mer, hauturier, l’autan (vent qui vient de la haute mer), alors que le haut-fond s’entend par rapport au fond de la mer. Haut s’emploie aussi dans des contextes divers, comme la bourse (haussier), le commerce (la hausse), la psychologie (hautain, altier, l’exaltation), le son et la musique (le haut-parleur, l’altiste, l’alto, le hautbois, le hautboïste, le et la haute-contre, la haute-fidélité, le contralto), la peinture (le rehaut, qui met en évidence un élément par une touche plus claire), les titres honorifiques et les classes sociales (l’altesse, l’hautesse, la haute), la justice (la haute cour), la viticulture (le hautin ou hautain, à savoir une vigne cultivée en hauteur et s’appuyant sur des arbres ou des échalas, ou cet arbre ou cet échalas soutenant ces pieds de vigne).
Pour finir, deux homophones, exaucer et exhausser, posent problème. Au départ, ils ont même origine, exaltiare en lat. Si exhausser a phonétiquement évolué conformément aux attentes, et a conservé l’idée de surélever, il n’en va pas de même pour exaucer. C’est sur un sens dérivé de exhausser, à savoir mettre plus haut, en parlant de quelqu’un, au sens figuré donc, que s’est formé exaucer, écouter favorablement, satisfaire à une prière. L’erreur orthographique semble devoir s’expliquer par une confusion sur l’origine du vb, rapproché à tort du lat. exaudire, écouter favorablement, qui avait donné eisauzir en provençal, quasi homophone de l’anc. fr. esaucier tiré de exaltiare.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque