La Chair des mots

CONDUIRE

Poésie

L’implacable enfant,
Preste et relevant
Ses jupes,
La rose au chapeau,
Conduit son troupeau
De dupes !

Georges Brassens, Colombine

Étymologie

Conduire < lat. conducere = rassembler, conduire ensemble, prendre à bail, être utile à quelque chose < ducere = tirer hors de, attirer, étirer, compter, conduire, diriger < rac. i.-e. *dew-k-/ *dw-k- qui signifie conduire

Domaines

Les quatre éléments : subduction
La faune et la flore : grand duc, moyen duc, oviducte, petit duc
Le corps : abducteur, abduction, adducteur, adduction, andouille, andouillette, douillet, douillette, douillettement
L’habitat : aqueduc, réduit
Le travail manuel : bolduc, conducteur, conductrice, conduit, conduite, contre-productif, coproducteur, coproduction, coproduire, douche, doucher, doucheur, drosse, drosser (< it.), duite, enduire, enduit, gazoduc (hyb.), improductif, improductivité, oléoduc, producteur, productibilité, productible, productif, production, productique, productivité, produire, produit, reconductible, reconduction, reconduire, reconduite, reproducteur, reproductibilité, reproductible, reproductif, reproduction, reproduire, saumoduc, sous-production, sous-produit, superproduction, surproducteur, surproduction, surproduire, viaduc
Les sentiments : condottiere (it.), déduit, inconduite, irréductibilité, irréductible, irréductiblement, méconduire (se), méconduite, séducteur, séduction, séduire, séduisant
La communication : intraduisible, introducteur, introductif, introduction, introduire, réintroduction, réintroduire, retraduire, traducteur, traduction, traduire, traduisible
La spatialité : Bois-le-Duc
Le travail intellectuel : andouille, coéducation, déductibilité, déductible, déductif, déduction, déduire, éducable, éducateur, éducatif, éducation, éducationnel, éduquer, inductif, induction, induire, inéducable, irréductibilité, irréductible, irréductiblement, productivisme, productiviste, progiciel, réducteur, réductibilité, réductible, réduction, réductionnisme, réductionniste, rééducation, rééduquer, socio-éducatif
La physique : conductibilité, conductible, conduction, conductivité, ductile, ductilité, inductance, inducteur, inductif, induction, induit, réductase, réductibilité, réductible, réduction, réduire, supraconducteur, supraconduction, supraconductivité, viscoréduction
La politique : archiduc (hyb.), archiducal (hyb.), archiduché (hyb.), archiduchesse (hyb.), doge (< it.), duc, ducal, duché, duchesse, grand-duc, grand-ducal, grand-duché, grande-duchesse, sauf-conduit
L’économie : contre-productif, déductibilité, déductible, déductif, déduction, déduire, ducat (it.), réduction, réduire
La justice : sauf-conduit
L’armée : condottiere (it.), redoute (< it.)
Les loisirs : réducteur
Divers : Grand Duduche (le), Grande Duduche (la)

Commentaire

L’entrée conduire correspond à une famille de premier ordre, qui exprime l’idée d’un déplacement provoqué, imposé, d’où, souvent, une notion d’autorité, ce que le vb fr. « diriger » rend bien. Dans des emplois au sens concret, de nombreux termes modulent l’idée de déplacement au gré du ou des préfixes. C’est le cas de conduire (conduire ensemble, puis conduire avec succès, puis simplement conduire), séduire (conduire vers soi, attirer), traduire (conduire, faire passer un message d’une langue dans une autre).
Un muscle abducteur écarte (ab-) un membre du plan médian du corps, alors qu’un muscle adducteur rapproche ce membre du plan médian du corps. L’abduction est un raisonnement qui part d’une observation, d’un fait surprenant, et qui remonte vers ses causes pour expliquer ce fait. La déduction est une soustraction (dé-) en arithmétique, et une conséquence, en logique, une conclusion tirée d’un raisonnement. D’une loi générale, on conclut à un fait particulier. L’induction est un raisonnement qui, à partir de quelques cas particuliers, établit une loi générale. Le déduit, quant à lui, est synonyme de plaisir amoureux, à partir de l’idée de se détourner, de s’écarter, quasiment de se cacher exprimée par le vb lat. correspondant (« deducere »). C’est une bonne illustration du divertissement pascalien. Enduire, c’est appliquer quelque chose, par ex. un crépi, sur une surface, par ex. un mur.
La production est étymologiquement constituée de ce qu’on a créé et qu’on mène devant soi, comme des fruits ou légumes transportés au marché dans une brouette (si possible, plutôt qu'une remorque, car la brouette se pousse, ne se tire pas ! ), par le maraîcher bio (si possible ! ) de la proche banlieue de la grande ville (si le béton n'a pas ravagé son jardin au nom du progrès qui progresse…).
La reproduction est une nouvelle production, réalisée par une génération, et destinée à remplacer la génération la plus ancienne. C’est aussi une copie, une photocopie, d’où peut-être la tentation du clone… Réduire, c’est conduire en arrière, faire retrouver un état ancien de moindre développement, donc diminuer quelque chose, par ex. le montant d’une facture ou une fracture. Dans ce cas, c’est faire retrouver à l’os cassé son état d’avant l’accident. Dans la tectonique des plaques, il y a subduction quand une plaque glisse sous (sub-) une autre.
La rac. se rencontre aussi dans des termes qui désignent des technologies, souvent des canalisations, donc des conduites, comme le gazoduc, l’aqueduc, le saumoduc, l’oléoduc, l’oviducte et le viaduc.
De son côté, une drosse est un cordage qui sert à transmettre le mouvement de la barre au gouvernail. Sur le terme lat. « tradux » qui signifie le « sarment », on s'est orienté vers ce sens de « cordage ». Le mot douche semble pouvoir être rattaché à la famille de conduire. Le terme, en it. désigne la gouttière, le conduit, le tuyau, d’où le système qui permet de se laver en faisant couler verticalement sur soi de l’eau tombant d’un tuyau. L’adj. douillet, quant à lui, signifie étymologiquement « malléable », ductile, « moelleux », « délicat », « tendre », « très sensible ».
Éduquer relève d’un sens figuré de la rac. : c’est littéralement conduire (dans un lieu, à un degré) en faisant sortir (ex- devenant é-) d’un autre. L’idée fondamentale est celle d’une transformation, sinon d’une métamorphose...
Le terme andouille mérite qu’on s’y arrête un instant. Aujourd’hui, avec des techniques différentes à Guémené et à Vire, il s’agit globalement de boyaux introduits dans un boyau, à partir du vb lat. « inducere » qui justement signifie « conduire (-ducere) dans (in-) », « mettre dans », introduire. Pour des raisons assez évidentes, le terme andouille a désigné le pénis, et de la même façon que pour le con féminin, le terme andouille est devenu lui aussi une injure, peut-être parce que l'andouille reste généralement molle... Ces deux injures sont d’ailleurs synonymes. En papeterie, le terme andouille a renvoyé autrefois à un défaut du papier venant de la pâte accumulée dans certaines parties de la feuille. C’est le sens d’imperfection (à partir de l’idée de bêtise, d’imbécillité) qui est illustré ici. Une andouille de tabac, c’est une botte de feuilles de tabac préparées et liées ensemble. On retrouve alors la forme charcutière de l’andouille. Au demeurant, en Saône-et-Loire, à Saint-Gengoux-le-National, il existe une « Rue Pavée d’andouilles ». Ces andouilles sont des pavés mal taillés, présentant des défauts, que les carriers donnaient aux communes environnantes. Cet emploi illustre lui aussi l’idée d’imperfection.
De plus, on l’a vu, la rac. comporte aussi l’idée de commander, d’être à la tête d’un territoire, d’un groupe humain. On trouve alors l’archiduc, l’archiduchesse, le duc, la duchesse, le duché et le ducat, le grand-duc, à la tête du grand-duché, la grande-duchesse. La ville de Bois-le-Duc, aux Pays-Bas, a vu naître Jérôme Bosch mais aussi le bolduc (par déformation du nom de la ville). Il serait dommage de ne pas associer à cet ensemble de termes le Grand Duduche, créé par Cabu, et même, pourquoi pas, la Grande Duduche... Le grand duc, quant à lui, sans trait d’union, est un hibou, plus grand que le moyen duc, lui-même plus grand que le petit duc. Ce nom de duc a pu être donné à l’oiseau par admiration ou, c’est malheureusement le plus vraisemblable, par dérision. Le mot condottiere désigne quant à lui un chef de soldats mercenaires, en Italie : il conduit les soldats. Toujours en Italie, le doge est un chef élu des anciennes républiques de Venise et de Gênes. Une redoute est un réduit (même étymologie), une retraite, un ouvrage de fortification militaire, « complètement fermé (Littré) et ne présentant pas d’angles rentrants (si l’ouvrage présente des angles rentrants, c’est un fort) ». En tant que lieu retiré, la redoute peut (ou pouvait) aussi, parfois, désigner un lieu où l’on danse.

Complément

La sous-famille de redouter appartient à la famille de deux.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque