La Chair des mots

CHAUSSÉE

Poésie

Rose défit sa chaussure,
Et mit, d’un air ingénu
Son petit pied dans l’eau pure

Victor Hugo, Les Contemplations, Vieille chanson du jeune temps

Étymologie

Chaussée < lat. vulg. (via = la voie) calciata = consolidée par des pierres, formée de morceaux de pierres tassés < lat. calciare ou calceare = chausser, puis fouler aux pieds, tasser < calx = le talon (qui ne doit pas être confondu avec calx = la chaux, même si le mortier de chaux a servi à consolider certains tronçons de voies romaines en terrains marécageux, et même si le sens de "consolider par des pierres (souvent calcaires)" suggère cette confusion dès le haut Moyen Âge).

Domaines

Le corps : bas-de-chausses, caleçon (< it.), caleçonnier, chaussé, chausses, chaussetier, chaussette, chausson, chaussure, haut-de-chausses
L’habitat : rez-de-chaussée
Le travail manuel : calque, calquer, chaussant, chausse-pied, chausser, chausse-trappe, chausseur, décalcomanie (hyb.), décalque, décalquer, déchaussage, déchausser, photocalque (hyb.), rechaussement, rechausser, ricocher, ricochet
Les sentiments : cauchemar, cauchemardesque, chausse-trappe, chausse-trappe, récalcitrant
La spiritualité : déchaussé, déchaux
Le travail intellectuel : inculcation, inculquer
La médecine : déchaussement

Commentaire

La famille est encore représentée au sens de « voie » dans le rez-de-chaussée par ex. La « chaussée » est foulée aux pieds, et le sens de « talon », de « pied », est bien présent, dans le bas-de-chausses (devenu « bas »), le haut-de-chausses, le chausse-pied, le chausson, etc. Si on remonte un peu, on découvre le caleçon. Et même, plus haut encore, les dents peuvent se déchausser. Dans des acceptions plus métaphoriques, inculquer, qui signifie « faire pénétrer », a signifié au départ « faire pénétrer à coups de talon, à coups de pied », ce qui implique une conception musclée de la pédagogie. C’est l’image initiale de la sous-famille de calquer (appuyer, presser sur une feuille sous laquelle se trouve un papier calque qui reproduit sur une seconde feuille ce qu'on écrit sur la première). Le cauchemar est quant à lui étymologiquement un fantôme qui écrase, qui oppresse.
Reste l’adj. récalcitrant qui signifie étymologiquement, en parlant du cheval, « qui rue ». Reste aussi le ricochet qui désigne d’abord un raisonnement sans fin, puis, par métaphore, les rebonds d’une pierre plate (qui s’appuie) sur l’eau. Le sens concret est, pour une fois, dérivé du sens abstrait. Reste la question métaphysique inévitable : un chausseur sachant chausser sait-il chausser sans ses chausses ?
Requiem pour deux métiers d’autrefois : le chaussetier (qui était souvent une chaussetière) était une « personne qui confectionnait et / ou vendait des chaussettes, des bas - les chausses d’antan - et des socquettes ». Le caleçonnier [et donc la caleçonnière] était un « confectionneur de sous-vêtements, de petites tenues et de dessous en lingerie fine, masculins ou féminins ». (Gérard Boutet, La France en héritage, Perrin, 2007)

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque