La Chair des mots

CALAMITÉ

Poésie

J’écris dans un pays dévasté par la peste
Qui semble un cauchemar attardé de Goya
(...)
Un pays disputé par l’ongle et par la griffe
Sous le ciel sans pitié des jours calamiteux

Louis Aragon, Le Musée Grévin

Étymologie

Calamité < lat. calamitas = tout fléau qui endommage la moisson sur pied, la calamité, le désastre < calamus (devenu calmus en lat. vulg.) = la canne, le roseau, le chaume (évolution sémantique de calmus) < grec kalamos = le roseau < rac. i.-e. *kl-H2-m- (*kalam-) qui désigne le roseau.

Domaines

La faune et la flore : calamar (< it.), calmar (< it.), charme, chaume
Le corps : caramel (< esp.), caramélé (< esp.)
L’habitat : chaumière, chaumine
Le travail manuel : calame, calamier, calamistré, calumet, caramélisation (< esp.), caraméliser (< esp.), chalumeau, chaumage, chaumer, chaumier, déchaumer, déchaumeuse
Les sentiments : calamiteux

Commentaire

L’évolution sémantique des termes de la famille de calamité est remarquable. La notion initiale de « roseau » ne subsiste que dans le calame, ancêtre du stylo à bille, dans le calumet et dans le chalumeau. Si le calame est trempé dans l’encre, le calmar (ou calamar) est d’abord une écritoire portative qui contient des calames, puis le mollusque qui disperse de l’encre autour de lui pour se protéger.
La notion de chaume, quant à elle, est encore très présente, de la chaumière couverte d’un toit en chaume à la déchaumeuse de l’agriculteur qui ne chôme pas à la fin de l’été, puisqu’il déchaume. Le mot chaume aurait évolué, notamment en Bourgogne (Gérard Taverdet, Dictionnaire du français régional de Bourgogne), vers le mot charme, sans lien avec l’arbre, pour désigner des friches, des landes, c’est-à-dire des endroits secs où la culture est impossible ou de peu de rentabilité.
La sous-famille de caramel, empruntée à l’esp. qui lui-même l’emprunte au portugais, semble tirer son nom de la forme fréquente du bonbon, en particulier celui qui contient des devinettes et autres histoires drôles. À noter cependant que le port. « caramelo » désigne aussi le glaçon, et que le caramel que l’on réalise chez soi dans une casserole a tendance à former des espèces de stalactites quand on le sort de la casserole.
Quant à la calamité, dont le rattachement à cette famille est parfois discuté, elle signifierait, pour désigner une céréale, la qualité (-itas) d’être chaume (calam-), donc paille, c’est-à-dire de ne pas porter d’épi, à la suite d'un phénomène météorologique comme une canicule ou un orage de grêle. Le mot s’est ensuite employé dans n’importe quelles circonstances entraînant des dégâts.
Requiem pour deux métiers d’autrefois : le chaumier était un « artisan couvreur qui réalisait les toitures des chaumières. Le matériau le plus fréquemment utilisé, jadis, restait le chaume ». Le calamier « taillait les plumes d’oies avec lesquelles on écrivait ». (Gérard Boutet, La France en héritage, Perrin, 2007)

Complément

Quand il s’agit de l’arbre, le mot charme a une entrée spécifique. Quand il s’agit de pouvoir magique, de séduction, le mot charme appartient à la famille de chanter.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque