La Chair des mots

BOULE

Poésie

Rien ne bouge et pourtant je pense
À tout ce qui déjà s’enfuit

Charles Dumont, Il est quatre heures du matin

Étymologie

Boule < lat. bulla = la bulle, tout objet cylindrique à valeur parfois symbolique, pouvant servir de porte-bonheur

Domaines

Les quatre éléments : bouillonnant, bouillonnement, bouillonner, giboulée
La faune et la flore : bouillon-blanc, boule-de-neige
Le corps : bouillabaisse, bouillant, bouille, bouillie, bouillon, boulette, boulot, bourride, court-bouillon, tambouille
Le travail manuel : abouler, bouger, bouilleur, bouilli, bouillir, bouilloire, bouillotte, bouillotter, boulange, boulanger, boulangère, boulangerie, bouler, boulier, boulochage, boulocher, boulon, boulonnage, boulonner, boulonnerie, boulot, boulotter, bullé, buller, chamboulement, chambouler, déboulonnage, déboulonnement, déboulonner, ébouillantage, ébouillanter, ébullition, rabouilleur, rabouilleuse, roulé-boulé
Les arts : boléro (esp.), bougé
Les sentiments : bougeotte, bouillant, bouillir, bouillonnant, bouillonnement, bouillonner, boulet, boulette, bouleversant, bouleversement, bouleverser, buller, chambouler, tournebouler
La communication : billet, bulletin, bulletin-réponse
La physique : bulle
L’économie : billet, billet de banque
L’armée : boulet
Les loisirs : boulisme, bouliste, boulodrome (hyb.), déboulé, débouler

Commentaire

Le sens premier de la rac. de boule, la bulle, apparaît bien sûr dans buller. La bulle, quand il ne s’agit pas de gaz dans un liquide, est une boule de métal. Les jeunes patriciens, à Rome, portaient une bulle, c’est-à-dire une petite boule de métal en guise de porte-bonheur. La bulle, pontificale ou non, sert de sceau pour authentifier un document. Du sens de « sceau », on est passé au document lui-même, d’où la bulle papale, d’où le sens du mot billet, dérivé de « bullette » en anc. fr., avec l’influence de « bille ». Et un petit billet est un bulletin.
Le sens de sphère gazeuse se retrouve dans ébouillanter, bouillir, le bouillon, la tambouille, littéralement « le pot en bouille », le mets qu’on cuit dans l’eau « bouillante », avec une fausse coupe « (po-) ten bouille » qui devient tambouille. La bouillabaisse, elle, ne devrait jamais être une tambouille. Le terme signifie approximativement : « Quand ça bout, tu abaisses ». Le problème est de savoir si on baisse le feu ou la marmite… Le terme bourride, du côté de Sète, est le nom qu’on donne à la bouillabaisse liée à l’aïoli et aux jaunes d’œufs. Le terme est dérivé de bouilli, avec une évolution de [ll] en [rr].
Le vb bouger s’explique quant à lui par une évolution à partir de bouillir : l’eau qui bout s’agite dans la casserole, elle ne tient pas en place. Par ailleurs, le mot giboulée semble devoir être mis en relation avec l’occitan « giboulado », de même sens, et « gibourna », grésiller, qui orientent vers l’image de bouillir. En frappant fortement le sol, la pluie rebondit en semble bouillir. Le terme giboulée peut aussi être le résultat d’un croisement entre l’anc. fr. la « giblée » (le givre) et la rac. de boule, au sens de bouillir.
Le mot boule est une évolution parallèle à celle de bulle, à partir du même mot lat. bulla. Le boulanger est un artisan qui vend des miches, c’est-à-dire des boules de pain. Le mot boulon, lui, a d’abord désigné une sorte de boule de métal, puis une pièce d’assemblage à tête ronde. Le boulet n’est qu’en théorie une petite boule. Une boulette est par contre une vraie petite boule. Bouler, c’est rouler sur soi-même, comme une boule. L’adj. boulot renvoie à une silhouette petite et rondelette. Le vb boulotter, au sens de manger, est probablement construit sur la boule de pain du boulanger. Il existait un autre vb boulotter, ou un autre sens du même vb, signifiant « se laisser vivre », « aller son train », « fructifier », « travailler » (en parlant d’argent placé), qui serait à l’origine du subst. boulot, synonyme de travail. À moins, avec un fort parfum d'étymologie populaire, qu’abattre du boulot soit au départ abattre du (des) bouleau(x), en parlant du travail du bûcheron.
Abouler, c’est ou bien «venir précipitamment », en allant aussi vite qu’une boule qui roule, ou bien « payer », «s’acquitter d’une dette », « payer à contrecœur », à partir sans doute de l’image de la pièce de monnaie qu’on fait rouler. L’hypothèse la plus vraisemblable du rattachement du mot boléro à la rac. de boule est le chapeau rond, en forme de boule, que portaient les danseurs, la veste courte appelée aussi boléro faisant également partie de la tenue vestimentaire traditionnelle du danseur de boléro.
Bouleverser, c’est retourner, faire tourner comme une boule, au sens premier ou au sens figuré. Chambouler s’explique sans doute par « faire tourner en changeant de chant », « mettre sens dessus dessous ». Tournebouler est aussi un quasi synonyme de bouleverser et chambouler. Débouler consiste à s’enfuir précipitamment (-bouler), à partir d’un lieu (dé-). On retrouve le sens premier de « de- / dé- », à savoir « du haut de », « en descendant », dans une expression comme débouler dans les escaliers.
Requiem pour un métier d’autrefois : le rabouilleur ou la rabouilleuse était une « personne qui, à l’origine, pratiquait la pêche à pied, en rabouillant depuis la berge. Autrement dit, en remuant les eaux. Cette manière de procéder s’appliquait surtout à la prise des écrevisses. » (Gérard Boutet, La France en héritage, Perrin, 2007)

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque