La Chair des mots

BON

Poésie

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Chant d’automne

Étymologie

Bon < lat. bonus U bene = bien U bellus = beau < rac. i.-e. *dw-en-

Domaines

Les quatre éléments : bonace, embellie
La faune et la flore : belette, belladone, belle-dame, belle-de-jour, belle-de-nuit, benoîte, toute-bonne
Les groupes humains : beauf, beau-fils, beau-frère, beau-père, beaux-parents, belle-doche, belle-famille, belle-fille, belle-maman, belle-mère, belle-sœur, bobonne, bonne-maman, bon-papa
Le corps : beau, beaufort, beauté, bellement, bellot, bénédictine, bien-être, bonbon, embellir, embellissement, embonpoint
Le travail manuel : bibelot, bimbelot, bimbeloterie, bimbelotier, bonbonnière, bonheur-du-jour
Les arts : beau, beauté, beaux-arts, bellement, belles-lettres, bibelot, bien-dire, bimbelotier
Les sentiments : abonnir, à la bonne franquette, béat, béatement, beauf, bellâtre, ben, bénéfique, benêt, bénévolat, bénévole, bénévolement, benoît, benoîtement, bien, bien-aimé, bien-être, bienfaisance, bienfaisant, bienfait, bienfaiteur, bienheureux, bien-pensant, bienséance, bienséant, bienveillance, bienveillant, bienvenu, bienvenue, bobonne, bonasse, bonasserie, bon enfant, bonhomie, bonhomme, bonifier, bonnement, bonté, bon vivant, débonnaire, débonnairement, débonnaireté, rabonnir
La communication : beau parleur, ben, bien-dire, boniment, bonimenter, bonimenteur, bonjour, bonsoir, nota bene (lat.)
La spatialité : belvédère
La temporalité : bientôt
La spiritualité : béatification, béatifier, béatifique, béatitude, bénédicité, bénédictin, bénédiction, bénir, bénisseur, bénit, bénitier, bondieusard, bondieuserie, porte-bonheur, san-benito (esp.)
Le travail intellectuel : beaucoup, bonheur, combien
La politique : boniche, bonne, bonniche
L’économie : bénef, bénéfice, bénéficiaire, bénéficier, boni (lat.), bonification, bon marché, bonus (lat.), superbénéfice
La justice : bien-fondé, bien-fonds
La médecine : bénigne, bénignement, bénignité, bénin, embellie
Les loisirs : bonification
Divers : Béa, Béatrice, Béatrix, Benedetto, Bénédicte, Bénigne, Benoît, Benz, Bienvenue

Commentaire

La famille associe le beau, le bon et le bien. Il n’est donc pas étonnant qu’elle se retrouve dans de nombreux prénoms, dont Benoît qui signifie « qui a été béni ». Les formes beau et belle entrent en composition dans de nombreux termes désignant des liens de parenté, où elles figurent une simple marque de courtoisie. Par politesse, le beau-père est assimilé au père, la belle-mère à la mère, etc. Le terme belle-doche est construit sur le radical « doche », dérivé de « dabe », qui désigne en argot le père ou la mère, le maître ou la maîtresse, toute personne ayant autorité. Ce terme « dabe » ou son équivalent « dab » a peut-être été emprunté au lat. « dabo » (je donnerai) par l'intermédiaire de l'it. Le suffixe « -oche » a été fréquemment employé au XIXe siècle dans des formations populaires ou argotiques.
La famille de bon entre aussi souvent en composition avec les verbes faire (un bienfait), dire (la bénédiction), vouloir (le bénévolat), venir (la bienvenue). L’adv. beaucoup vient de l’expression « un beau coup », c’est-à-dire « une belle quantité », « un grand nombre ». L'adv. bientôt, quant à lui, signifie « dans peu de temps », ou « cet après-midi ». À l’origine, « tôt » signifie « grillé », c’est-à-dire « cuit et chaud ». Bientôt pourrait être traduit par « bien grillé, juste à point, prêt à être consommé sans attendre, encore chaud ». Il viendra bientôt signifie alors : « Quand il arrivera, le mets sera encore chaud ». Donc il arrivera sous peu. De son côté, « combien ? » signifie « de quelle manière pour que ce soit bien ? », « en quelle quantité pour que ce soit bien ? »
Le terme Beaufort (et beaufort pour désigner le fromage) est le pendant savoyard de Belfort.
En botanique, à côté de la belle-de-jour et de la belle-de-nuit, la belladone doit son nom - la belle dame - à ce qu’elle a la propriété de dilater la pupille, terme qui, lui-même, signifie la « poupée », la « fille ». La belle-dame, elle, n’est pas un autre nom de la belladone, mais de l’arroche, cousine exotique de l’épinard. La toute-bonne est un autre nom de la sauge sclarée, appelée aussi orvale. Cette plante a le don de transformer l'odeur de transpiration en parfum envoûtant ! La benoîte est une plante herbacée des bois, à fleurs jaunes, dont les propriétés médicinales en font pour certains auteurs une quasi panacée.
Reste la sous-famille de bénir, déjà aperçue dans le prénom Benoît et la benoîte. Bénir, c’est étymologiquement « dire du bien », « définir comme quelque chose ou quelqu’un de bien ». Bénir a deux participes, béni et bénit. « Bénit s’emploie, dit Littré, lorsqu’il s’agit de la bénédiction des prêtres, et béni lorsqu’il s’agit de la bénédiction de Dieu ou des hommes. » Dieu du côté des hommes vs le clergé : c’est mieux qu’un scoop, c’est une révélation ! Le même mot lat. « benedictus » a donné non seulement béni et bénit, mais aussi benoît (qui signifie « calme », « tranquille », voire « doucereux »), et benêt ( « niais », « sot », « simplet » ). Assez proche, béat, d’abord bienheureux, signifie souvent « niais ». La bonace est le calme plat, en mer, alors que bonasse est un adj. qui signifie « trop bon », « bon par faiblesse de caractère ». Abonnir, d’emploi rare, c’est rendre bon ou meilleur, et rabonnir, intransitif, consiste à devenir soi même meilleur. Autres termes rarement usités, l’adj. bellot qualifie une beauté attendrissante, tandis qu’un bellâtre est un homme d’une beauté fade, très imbu de sa personne. Le boniment, quant à lui, est d’abord l’action bonne, l’action qui fait du bien, d’où la parole bonne, surtout par son efficacité, d’où le sens moderne.
Pour finir, sans certitude absolue, le terme bibelot, en anc. fr. « beubelet » et bimbelot, d’où la bimbeloterie, peut être formé sur un redoublement expressif ou enfantin de la rac. bel.

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Abréviations et conventions concernant la langue :

abr. abréviation
adj. adjectif
adv. adverbe
a. fr. ancien français
c.-à-d. c’est-à-dire
cf. confer
ex. exemple
fam. familier
fém. féminin
hyb. hybride
id. idem, pareillement
loc. locution
masc. masculin
neut. neutre
part. participe
p.-ê. peut-être
plur. pluriel
pop. populaire
préf. préfixe
prép. préposition
pron. pronom
rac. racine
sing. singulier
subst. substantif
suff. suffixe
vb verbe


Abréviations et conventions concernant le latin :

bas lat. bas latin (à partir du IIIe siècle de notre ère)
lat. latin classique
lat. ecclés. latin ecclésiastique (langue des auteurs chrétiens à partir de la fin de l’Empire)
lat. imp. latin impérial (à partir de la fin du 1er siècle de notre ère)
lat. méd. latin médiéval (à partir du VIIe siècle de notre ère, langue écrite)
lat. pop. latin populaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
lat. vulg. latin vulgaire (à partir du IIIe siècle de notre ère, et dont les formes ne sont pas attestées dans les textes) (1)
grom gallo-roman = latin parlé au Moyen Âge
lat. bot. latin des botanistes


Abréviations et conventions concernant les autres langues :

alld. mot directement emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
als. mot directement emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
angl. mot directement emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
ara. mot directement emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
bre. mot directement emprunté au breton, mais d’origine latine
celt. mot directement emprunté au celtique, mais d’origine latine
esp. mot directement emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
germ. mot directement emprunté au germanique, mais d’origine latine
it. mot directement emprunté à l’italien, mais d’origine latine
occ. mot directement emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
piém. mot directement emprunté au piémontais, mais d’origine latine
port. mot directement emprunté au portugais, mais d’origine latine
prov. mot directement emprunté au provençal, mais d’origine latine

< alld. mot emprunté à l’allemand, mais d’origine latine
< als. mot emprunté à l’alsacien, mais d’origine latine
< angl. mot emprunté à l’anglais, mais d’origine latine
< ara. mot emprunté à l’arabe, mais d’origine latine
< bre. mot emprunté au breton, mais d’origine latine
< celt. mot emprunté au celtique, mais d’origine latine
< esp. mot emprunté à l’espagnol, mais d’origine latine
< germ. mot emprunté au germanique, mais d’origine latine
< it. mot emprunté à l’italien, mais d’origine latine
< occ. mot emprunté à l’occitan, mais d’origine latine
< piém. mot emprunté au piémontais, mais d’origine latine
< port. mot emprunté au portugais, mais d’origine latine
< prov. mot emprunté au provençal, mais d’origine latine
i.-e. indo-européen
arg. argot
arc. archaïque